Dans le camp rouche, c’était évidemment la soupe à la grimace ce jeudi après-midi. Les Liégeois avaient le sentiment d’avoir payé le prix fort. "On s’y attendait, précisait l’avocat du club, maître Grégory Ernes. L’année dernière, suite aux incidents survenus à Charleroi, on a réagi à chaud en modifiant le règlement, qui semble manifestement impraticable aujourd’hui. Comme l’année passée, on réagit à nouveau à chaud en rendant une décision après seulement 24 heures de délibéré. Tout ça est relativement étonnant. C’est une justice relativement expéditive."

Maître Ernes de poursuivre en précisant que le Standard paye les actes de ses fans mais aussi ceux des supporters adverses. "C’est une peine injuste car se pose toujours cette problématique de responsabilité des peines. Un club est responsable de ses supporters. Mais ce jeudi, nous apprenons que le Standard est aussi responsable des supporters carolos puisqu’il est davantage sanctionné en ayant commis (NdlR : les supporters) les mêmes faits."

Comme annoncé auparavant, le Standard n’entend pas se satisfaire de ce prononcé et saisira la CBAS (Cour belge d’arbitrage du sport). "Le club va envisager toutes les suites judiciaires à donner à cette affaire et fera valoir ses droits. Nous n’acceptons évidemment pas la sanction. Le CBAS ? Ce sera probablement le cas voire toutes autres possibilités qui sont offertes au club."

Vers une action au civil ?

Si le club n’obtenait pas gain de cause, une action au civil resterait encore envisageable. "C’est une solution ultime qui n’est pas encore envisagée. Tout est à discuter. Le recours réglementaire est la CBAS et on verra bien la suite."

Durant sa plaidoirie, maître Ernes a insisté sur le fait que les supporters peuvent désormais influer sur les résultats. "C’est parfaitement cela. A partir du moment où une interruption temporaire sera décrétée, les supporters adverses pourront alors faire arrêter la rencontre ou encore provoquer le camp adverse pour qu’un forfait tombe. C’est en cela que je dis que le Standard est également tenu pour responsable des actes de ses supporters mais également de ceux commis par les fans carolos, ce qui est totalement incohérent. Encore une fois, on n’a pas réfléchi et on n’a pas sanctionné. Comme l’a dit l’année dernière le responsable de la sécurité du Standard : si on agit de cette façon, cela arrivera encore."

Sur son site Internet, le Standard s’est fendu d’un communiqué allant évidemment dans le sens du discours de son avocat. "Cette décision rend le Standard responsable du fait des supporters du Sporting de Charleroi. Ceci est totalement contraire à plusieurs principes fondamentaux du droit, mais aussi aux règlements de la Fifa, de l’UEFA, de la Pro League et de l’URBSFA elle-même. Le Standard ne peut donc pas accepter cette décision et va maintenant examiner les différents recours qui s’offrent à lui."


La Famille des Rouches envisage une action en justice

Magali Pignolet, la secrétaire du club de supporters la Famille des Rouches, était remontée jeudi après-midi : elle ne digère pas les sanctions décidées par l’Union belge.

"Infliger des sanctions sans se mettre autour de la table pour trouver des vraies solutions, c’est de la répression qui fait entrer dans un cercle vicieux", souligne-t-elle.

Ce que les supporters du Standard n’acceptent pas, au-delà de la non-attribution des points "qui profite à Charleroi", ce sont les huis clos. "Déjà avant de connaître la décision, des supporters nous avaient dit qu’ils n’accepteraient pas d’être punis alors qu’ils n’étaient même pas au stade de Charleroi. Contact a été pris avec un avocat pour lancer une action en justice qui vise à contester la légalité du huis clos. Mais avant d’aller plus loin, nous allons attendre de voir quelle sera la décision du Standard en matière de recours."

Ne pas sanctionner tout le monde

Magali Pignolet pense qu’il y avait moyen de ne pas sanctionner tout un stade. "Quand des supporters se déplacent, ils sont répertoriés sur des listes nominatives. On a donc l’identité des 2 000 supporters du Standard qui étaient à Charleroi. La Pro League pourrait les punir eux à la limite. J’y étais et je n’ai rien fait, mais je préférerais cela, car cela limite les dégâts. Mais la Pro League ne le fait pas. Pourquoi ? Si c’est pour punir le Standard et non pour punir les fauteurs de trouble, je trouve cela interpellant."


Charleroi engagé dans un "procès à trois parties"

Dès le soir même du derby de la honte, Charleroi avait annoncé que, de son point de vue, le règlement était applicable et que l’Union belge devait donc recourir à la non-attribution des points… même si Me Mayence avait tenté le coup de bluff en réclamant les trois points ou le replay de la rencontre. "Si le règlement est applicable, il doit être suivi. La commission des litiges l’a entendu de la sorte, confiaient Mehdi Bayat et Pierre-Yves Hendrickx. Après, tout le monde est d’accord pour dire que ce règlement est mal fait. C’est désormais aux clubs à réfléchir tous ensemble afin de le faire évoluer. Mais à partir du moment où il prévoyait bien ce cas de l’interruption à cause du comportement des supporters des deux camps, il n’y avait pas vraiment place à la discussion."

Reste que le Standard ne l’entend pas de cette oreille. "Comme il l’a toujours dit, le Sporting accepte la décision. Peu importe ce qu’elle aurait pu être… Mais si le Standard estime qu’il doit encore se défendre, on sera obligé de suivre le mouvement car on est impliqué dans une sorte de procès avec trois parties…"

Une commission plus sévère

En sanctionnant tout de même le Sporting d’un huis clos (avec sursis jusqu’en décembre 2017), la commission s’est tout de même montrée plus sévère envers le Sporting que ce que le parquet avait réclamé. "Nous voilà avec une fameuse épée de Damoclès au-dessus de la tête. Nos supporters sont magnifiques en tribune… et doivent le rester ! Ça sera aux leaders des groupes de supporters d’avoir un maximum de contrôle sur tout le monde. Même lorsque l’on affrontera à nouveau le Standard !"