L'Euro 2016, c'est terminé. Mais avant de se dire au revoir, on revient en long et en large sur les dix choses qui ont marqué un tournoi à mi-chemin entre la déception belge, une certaine part d'ennui et un sacre tellement attendu du côté de Lisbonne.

Lusiades portugaises

Dingue. Sur base de ce qu'ils nous avaient montré lors de la phase de groupes, ce sacre portugais est juste dingue. Limite plus fort que les aventures hongro-gallo-islandaise, plus fou qu'un commentateur islandais et plus improbable qu'une coupe de Ricardo Quaresma. Le Portugal est champion d'Europe ! Sur papier, l'équipe de Fernando Santos a fière allure: Ronaldo en skipper, les jeunes Renato Sanches, André Gomes, William Carvalho et Raphaël Guerreiro, Ricardo Carvalho pour l'expérience, Quaresma pour la touche de folie et Pepe en guise de caution immorale.

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Mais dans un groupe F en théorie largement à sa portée, le Portugal se fait très peur, notamment lors d' un thriller contre la Hongrie. Il ne sera sauvé que par un CR7 retrouvé après avoir disparu des radars contre l'Islande et l'Autriche. Meilleur troisième, le squad de Santos ne parvient toujours pas à faire rêver et se contente de faire déjouer une Croatie réduite au silence, élimine la Pologne aux tirs au but et un pays de Galles incapable de trouver la faille. Fatalement, la Seleçao se fait dézinguer, avec un football jugé horrible à regarder, voire carrément chiant. Santos s'en fout, lui, il est là pour gagner, qu'importe la manière et si c'est avant tout le méchant Pepe qui doit briller !. Bilardiste, avant tout !

On retiendra tout de même l'éclosion de Sanches, dix-huit ans (enfin, pas selon Guy Roux...), qui justifie son transfert au Bayern à coup de travail entre les lignes, la montée en puissance de Ronaldo et la maestria de Pepe derrière.

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En finale, ce sont à nouveaux les seconds couteaux qui se distinguent: un Rui Patricio aux faux airs de Gigi Buffon (et pas que pour la trogne), et Eder, souvent moqué mais buteur à la 109e minute. Pour Ronaldo, le match s'achève dans les larmes à la vingt-cinquième minute, après un coup reçu au genou signé Dimitri Payet. Douze ans après la Grèce, le triple Ballon d'Or rouvre les vannes lacrymales. Cent minutes plus tard, rebelote. Pour le meilleur cette fois. Le papillon de nuit redevient papillon de lumière, après un véritable show sur la touche. Abonné aux accessits, Ronaldo touche enfin au but en sélection et est sacré champion d'Europe, un mois et demi après son tir au but décisif en finale de la Ligue des Champions. Prends ça, Leo Messi !


Le jour d'après...

"Et un, et deux, et trois Euros". La vanne était prête, comme le bus. Mais elle ne sortira pas. Pas encore. L'Equipe de France a elle aussi plié devant ce Portugal pragmatique, passé maître dans l'art de faire déjouer son opposant. Seize ans après le titre de Rotterdam, trente-deux après Platoche, les Bleus croyaient en leur bonne étoile. Cette finale, c'était également un match tout en symbole, huit mois après les attaques du 13 novembre à Saint-Denis et à Paris. Une nuit d'enfer où régnaient terreur et stupeur, et où s'entassaient les morts.

Toujours un peu groggy, le peuple tricolore reprenait le chemin de la Place de la République, non pas pour gueuler sur la Loi Travail et le 49.3 ou pleurer ses disparus, mais bien pour célébrer une sélection que peu d'entre eux voyaient aller aussi loin dans la compétition. Et encore moins battre l'Allemagne, championne du monde en titre, de cette façon ! Enfin, Paris retrouvait le goût du football et ses rues noires de monde pour faire la fête, envers et contre tout. Mais voila, les Portugais étaient là pour briser la belle histoire. Et un peu mieux écrire la leur. Celle avec un grand H. Parabéns.


Diable ! C'est décevant...

Outsiders selon les uns, favoris selon les autres, les Diables rouges visaient une demi-finale du propre aveu de leur coach Marc Wilmots. Ce seront les quarts et rien d'autre pour nous, après une défaite amère face aux Gallois. Défaite face à l'Italie, victoire contre une Irlande faiblarde, victoire sans goût contre la Suède d'Ibrahimovic, la phase de poule laisse une impression de football foutraque, pas vraiment maîtrisé. Mais au final, la Belgique termine deuxième et s'évite un huitième couperet contre l'Espagne. Un coup de maître de Willy, qui fait de moins en moins illusion, malgré ses certitudes affichées après les matches.

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La rencontre face à une Hongrie en mode suicide romantique ne sera qu'un trompe-l'oeil. Contre le pays de Galles, la Belgique ne parvient toujours pas à trouver de liant dans son jeu, ni son identité footballistique. Résultat ? Elimination, retour à Bruxelles la tête basse. Et les langues se délient, entre un Thibaut Courtois qui assume et les révélations sur une beuverie post- barbec' où des membres du staff auraient carrément dû être transportés dans leur lit après avoir un peu trop arrosé les merguez. Bref, un quart de finale n'est pas l'autre, surtout pour un public qui s'habitue progressivement à la victoire et se montre moins magnanime quand ses héros ratent la marche.

Au-delà du résultat, loin d'être lamentable, c'est surtout la manière dont les Diables se sont fait balader dès qu'ils ont eu affaire à une opposition plus costaude qui frustre. Le Portugal a prouvé que si on gagne, la manière importe peu. Mais quand on se fait sortir sans gloire face à une équipe certes bien organisée, mais individuellement moins forte, cela fait mal. Au niveau des satisfactions, on notera un super Thibaut Courtois dans les buts, un Thomas Meunier mûr pour le plus haut niveau, un Vermaelen qui tenu le coup physiquement et s'est érigé en vrai patron. Et Cap'tain Eden, qui a assumé à la fois son brassard et son numéro 10, avec un chef d'oeuvre hongrois en prime. Oui, c'est vraiment frustrant.

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Si t'es fier d'être Islandais, tape dans tes mains

323 000 habitants, des paysages dingos... et une équipe de foot. L'Islande entame son parcours de rêve en terminant deuxième du groupe F, grâce à un but à la dernière seconde inscrit face à l'Autriche par Arnór Traustason, qui provoquera une onde de choc rarement ressentie dans la tribune des commentateurs.

Rebelote quelques jours plus tard, avec cette fois un exploit encore plus retentissant et symbolique pour les insulaires. Ceux-ci battent leurs "grands frères" anglais au terme d'un match où, menés au score, ils mettront en valeur les atouts qui feront leur légende: courage, abnégation, rigueur. Une qualification ponctuée par une célébration qui fait désormais partie de la légende de cet Euro: le fameux "clapping". Face à ses supporters, dont on dit qu'ils se connaissent tous, Aron Gunnarsson, le capitaine aux airs de Leonidas roux, s'avance et entame les hostilités rythmées par le tambour islandais.

Mais le miracle ne se reproduit pas en quart de finale, face à des Français maîtres du match. Plus légers physiquement, les Islandais prennent l'eau au point de se retrouver menés 4-0 à la mi-temps. Le score final sera moins sévère, 5-2 pour les Bleus. Il y a donc une justice pour les guerriers venus du grand nord refaire le coup des invasions vikings sur le sol français 1200 ans après. Ces derniers offrent un dernier frisson à Reykjavik, où les attendent des milliers de compatriotes, fiers du parcours de leurs héros. En costard ou en maillot, l'effet est toujours le même. OUH !!


Coeur de Dragons

En parlant d'épopée fantastique, celle du pays de Galles n'est pas mal non plus dans le genre. Sur papier, seuls Aaron Ramsey et Gareth Bale semblent dangereux. Ce n'est pas avec des joueurs de West Brom', Swansea ou Reading qu'on fait flipper l'Europe, après tout. Sauf qu'à l'image d'un Antonio Conte (voir plus bas), Chris Coleman a réussi à construire un navire de guerre à partir de planches un poil vermoulues. Le successeur de Gary Speed se fait à la fois menuisier quand il pose les bases de son système à trois défenseurs très latin. Puis ébéniste au moment de le peaufiner tout au long d'une campagne qualificative qui annonçait les prémices de notre élimination.

Vainqueur de la Slovaquie et de la Russie (avec en prime un match stratosphérique de Gareth Bale: 88,2 % de passes réussies, huit tirs, dont six cadrés, huit dribbles), les Dragons s'offrent la tête du groupe B au nez et à la barbe des Anglais. Ils battent logiquement l'Irlande du Nord en huitièmes et attendent de pied ferme la Belgique, qualifiée par Hazard contre la Hongrie. Et c'est le crève-coeur absolu pour nous: malgré une ouverture du score thermo-nucléaire de Radja Nainggolan, les Diables rouges s'enfoncent dans leur camp et se prennent trois buts dans la casquette, dont sans doute l'un des plus beaux du tournoi. Allez, pour se faire du mal, on se le refait. Sous plusieurs angles...


Bale and co sont finalement arrêtés par le Portugal, emmené par un Cristiano Ronaldo retrouvé. La gauche caviar du Real l'emporte sur son flanc droit. Les Dragons sont terrassés. Reste la fierté de toute une nation, exprimée via l'appel bourré d'émotion d'un supporter à talkSPORT. Allez, pour se rappeler de ce que notre élimination a apporté comme sensations à cette nation de trois millions d'habitants, on se le refait.


Pas l'Euro des buteurs...

Ronaldo, Nani, Quaresma: trois mousquetaires venus du Portugal dont on s'attendait à ce qu'ils mettent le feu en finale. C'est pourtant bien grâce à ses "tâcherons" défensifs que la Seleçao s'est imposée. Détesté pour son jeu viril et ses simulations grotesques, Pepe est revenu en grâce avec une prestation quatre étoiles face à la France. Roi des dégagements, il partage la vedette avec le jeune Raphaël Guerreiro, meilleur intercepteur du match !

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Non, décidément, ce n'était pas un Euro à mettre un buteur sur orbite. En témoigne la moyenne de buts de 2,12 par match, contre 2,67 au Mondial 2014. Un chiffre qui "culminait" à 1,92 à l'issue de la phase de poules. Paradoxe: Antoine Griezmann termine meilleur buteur avec six réalisations, contre trois seulement à Fernando Torres, son prédécesseur en 2012 (avec un match de moins et un temps de jeu limité il est vrai).

... ni des favoris

Difficile de pointer un favori au coup d'envoi de France-Roumanie. L'Allemagne a un peu déçu ces derniers mois, l'Italie connaît un creux générationnel, l'Espagne est avide de revanche, mais irrégulière et la France décapitée de son Rim-K. Sans oublier qu'elle possède une défense loin de l'assurance tous risques. Mais au fil des rencontres, les premières tendances se dessinent. L'Espagne semble la plus en verve lors des deux premiers matches. Puis c'est la Croatie qui lui dame (vous l'avez ?) le pion et prend la première place du groupe D.

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On se dit alors que Modric, Perisic, Rakitic et consorts peuvent frapper fort. Las, en huitièmes, les voilà qui se font sortir à la dernière seconde par le Portugal. Vainqueur de l'Espagne au terme d'un petit orgasme tactique, l'Italie endosse le statut de favori, malgré son absence de superstars. En quart, l'Allemagne tue le rêve bleu et devient aussitôt favorite pour le doublé Mondial-Euro. Mais Antoine Griezmann passe par là et élimine la Mannschaft de Löw. Ah oui, il y a la fameuse "voie royale" vers la finale des Diables rouges après le succès parfait contre la Hongrie, aussi...


San Antonio

Avec son costume parfaitement taillé, ses implants, son teint orange façon Valentino et ses yeux bleus piscine, Antonio Conte a tout du parfait "vieux beau" à l'italienne. Très cliché. Coup de pot, l'Italie, c'est aussi le pays des maîtres tacticiens comme Fabio Capello ou Arrigo Sacchi. Et là encore, l'ancien milieu de terrain de la Juventus colle parfaitement à cette image. En témoigne la rencontre d'ouverture du groupe E entre les Diables rouges et l'Italie, où notre équipe se fait littéralement manger tactiquement.

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Le chef d'oeuvre du Maestro, ce sera pour les huitièmes de finale. Un match tendu pour la Nazionale, qui hérite de l'Espagne, séduisante face à la République tchèque et la Turquie. Avec sa base arrière juventina, un milieu de terrain nettement moins flamboyant qu'il y a dix ans et des attaquants sans grand éclat, Conte réussit à éliminer les doubles tenants du titre en étouffant le jeu de possession d'une Roja incapable de déjouer le piège azzurri.

Le Conte italien s'arrête en quart de finale, la faute à l'Allemagne, moins mauvaise dans l'art délicat du tirs au but. On retiendra la course d'élan ridicule de Simone Zaza, la tentative foireuse de déstabilisation de Graziano Pellè, mais aussi la passion d'Antonio, qui allie la folie furieuse devant son banc à un calme cérébral bien dissimulé. Et ce beau geste une fois la qualif' pour les quarts acquise. Italien jusqu'au bout...


La classe Löw cost

Maigre consolation, Conte pourra toujours se dire qu'il reste le coach le plus classe du tournoi. Bien plus que Joachim Löw, qui nous avait bien eus avec ses chemises ouvertes et ses pulls en cachemire. L'Allemand a confirmé son statut de sélectionneur béton... mais un poil cradingue, perdu en plein stade archaïque niveau petite enfance aux moments les plus chauds. Souvenez-vous... Demi-finaliste, Joachim s'en bat les couilles...


France avec les stars

L'Euro a été celui des déceptions: Kevin De Bruyne, Thomas Müller, Zlatan Ibrahimovic, Harry Kane (et toute l'équipe anglaise, en fait...). Des stars attendues qui n'ont pas répondu aux espoirs placés en elles. Mais d'autres ont assumé ce statut, notamment un carré d'as venu de France, d'Allemagne et du pays de Galles. Alors que les Bleus attendaient Paul Pogba, c'est finalement Antoine Griezmann et son physique de pote sympa qui se sont imposés comme LE symbole d'une génération française débarrassée de ses fantômes (et de ses boulets). Largué contre la Roumanie, le Rojiblanco est monté en puissance, avec deux doublés et deux autres buts dans la besace. Beau mec, bosseur, passionné, doué, ne cherchez plus, on a trouvé le nouvel enfant chéri de l'Hexagone. Avec à la clé un trending tweet à la gloire de ses fesses. La consécration, on vous dit !

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Un peu plus au nord, le type que tout le monde rêve d'embrasser arbore un catogan, une pointe de vitesse olympique et une frappe de balle complètement hallucinante. Non, il n'est pas Suédois, mais Gallois, et il s'appelle Gareth Bale. Deuxième meilleur dribbleur (derrière Eden Hazard, c'est toujours ça de pris), buteur, puncheur, dynamiteur de défense, le Madrilène a réussi son tournoi, à l'image de sa horde de Dragons. Merci, Gareth (pardonnez-nous).

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L'Allemagne a réussi l'exploit de s'arrêter en demi-finales en possédant deux des plus beaux joueurs de cet Euro. Leur nom ? Toni Kroos et Jérôme Boateng. Avec un Schweinsteiger en mode ManU, le premier est le véritable métronome du jeu allemand, avec plus de cent passes par matches et un taux de réussite à faire pâlir un surdoué d'Harvard. De son côté, le défenseur central s'est rendu maître dans l'art de la transversale. Une sorte de regista reculé, quoi. Comble de l'ironie, c'est en ajustant une nouvelle passe longue que le bonhomme se blesse à l'heure de jeu en demi-finale. Et scelle définitivement le sort funeste de son pays face à la France. Et de grâce, qu'on ne vienne plus se foutre de lui avec le dribble de Lionel Messi !

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On ne les a pas oubliés, mais on n'avait plus place: la ferveur irlandaise, Will Grigg's on fire les mouflets des Gallois sur le terrain après leur qualif' pour les quarts de finale, les larmes de Dimitri Payet après sa fusée contre la Roumanie, ce petit Portugais qui console un supporter français, les violences entre hooligans de tout poil,...


Aurélie Herman