La période de grand gel serait donc en train de s’achever. Le ciel sombre trônant au-dessus des centres de formation belges serait en passe de se dissiper. Ou presque.

Car à l’heure où les jeunes Anderlechtois abattront aujourd’hui leur dernière carte à Tottenham dans le cadre de leur mini-Ligue des champions (Nextgen Series), le grand exil des talents belges vers les clubs étrangers a désormais sèchement ralenti, à défaut de s’être totalement arrêté.

En juillet dernier, deux pertes sèches avaient pourtant été encaissées par le Sporting d’Anderlecht. Car, outre le cas polémique du petit Charly Musonda, parti cet été à Chelsea ("le plus grand talent de l’histoire d’Anderlecht", rappela récemment Herman Van Holsbeeck), Mathias Bossaerts avait lui aussi quitté les terrains de Neerpede pour Manchester City.

Aux dernières nouvelles, les deux garçons de 16 ans continuent sans anicroche à tracer leur chemin. Il est vrai qu’avec Eden Hazard en guide tout-terrain (l’ancien Lillois l’emmène régulièrement manger ou le reconduit chez lui), Charly Musonda pourrait difficilement dévier de la voie royale que chacun lui a depuis bien longtemps tracée.

Reste que ces départs avaient fait craindre à Anderlecht un exode massif des jeunes semblable à celui que Genk avait encaissé voilà deux années (avec les départs précipités de Dennis Praet ou de Divock Origi). Il n’en fut rien.

Et en dehors d’un cas très spécifique, la direction du Sporting peut désormais dormir sur ses deux oreilles sans craindre d’entendre un train de départs la réveiller.

La tendance s’est inversée

Car, pour la première fois peut-être depuis une bonne dizaine d’années, les tendances de court et de long terme semblent être en passe de se rencontrer.

Comme un effort de longue distance, le travail de formation paraît aujourd’hui porter ses effets. Les infrastructures sorties de Neerpede quelques mois après une Académie du Standard érigée aujourd’hui en bijou de famille, font désormais pâlir certains clubs étrangers.

Certes repoussé à bonne distance du fastueux centre d’entraînement de Chelsea, le bâtiment anderlechtois ferait presque passer les infrastructures réservées aux jeunes du Milan AC pour de vastes ruines médiévales. De quoi décourager le dernier diamant brut anderlechtois, Franco Antonucci (13 ans !) de se laisser happer par l’appel des Italiens.

Idem au Standard ou à Genk où les deux derniers récents exemples d’écolage bien géré (Batshuayi d’un côté, De Bruyne de l’autre) ont eux aussi dissuadé les roses et les promesses de changer de plancher. Convoité de toute part, le petit Siebe Schrijvers (16 ans) aura ainsi privilégié un bail supplémentaire du côté de Genk à un départ à l’étranger. Idem en bord de Meuse où des jeunes talents comme Ibrahima Cissé ou Merveille Goblet auront préféré tranquillement patienter du côté de Sclessin. "La France offre de meilleurs contrats à ses jeunes pousses. Mais en matière de formation, le Standard et même Anderlecht n’ont plus rien à envier aux pays voisins", avait récemment lancé José Jeunechamps, entraîneur des espoirs du Standard. "Après, les autres clubs conservent encore du retard, bien entendu. Mais on doit se montrer plus chauvins !"

En ajoutant à l’affaire quelques exemples d’expériences étrangères ratées (et suivies d’un retour au pays) marquées notamment par les noms de Mpoku (ex-Tottenham et actuel Standard) et de Ojo (ex-PSV et actuel Beerschot), la formation belge peut donc continuer de plaider son bien-fondé.

Les récents résultats

D’autant qu’en parallèle, les résultats sportifs viennent aussi s’y ajouter. Habitué à faire bonne figure dans les tournois de jeunes du côté de Viareggio (où Massimo Bruno s’était notamment révélé la saison passée), le Sporting d’Anderlecht semble désormais accentuer cette lancée. Tour à tour, les jeunes Mauves auront au cours des derniers mois rendu la pareille au grand Barça et à Tottenham avant de dompter les espoirs de Wolfsburg. Le tout après avoir remporté aux Pays-Bas, l’Otten Cup au cours de l’été.

Reste au milieu des feux verts, un code de conduite sur lequel le football belge ne pourra jamais s’aligner : le pur et simple aspect financier. Après avoir redoublé d’efforts pour garder chez lui Charly Musonda, le Sporting n’aurait ainsi jamais pu s’aligner sur le contrat proposé par Chelsea à l’ex-Anderlechtois (NdlR : la dépense globale de la direction mauve aurait pourtant dépassé le million d’euros). Alors dans les travées du football belge, personne n’ose aujourd’hui dormir sur une récente fierté. La guerre de la formation est loin d’être bouclée. Reste à savoir si l’argent en sera le nerf