ENVOYÉ SPÉCIAL À MUNICH

Ils vont chercher à nous déstabiliser. Par leur jeu, par leurs provocations. Par de multiples petites fautes. Qui va gratter là où cela pourrait nous faire mal, l'entraîneur ou les joueurs? Les deux, je pense. Les joueurs recèlent la capacité de nous énerver. Je ne dis pas que Rooney ne méritait pas une carte rouge lors de Portugal - Angleterre, mais Cristiano Ronaldo a beaucoup insisté auprès de l'arbitre pour que la sanction soit appliquée. On a vu aussi que les Portugais aimaient bien plonger. A nous de trouver la parade. De garder la tête froide. Ce sera le cas. On est bien. L'ambiance, entre nous, est au beau fixe.»

La tirade de William Gallas, débitée par petites touches, sans insister, a fait mouche. La presse internationale l'a ruminée, l'a méditée. Répercutée par les médias portugais, amplifiée peut-être, risque-t-elle d'envenimer un débat que le défenseur de Chelsea annonce intense «entre deux formations qui développent le même style de jeu» ? Raymond Domenech n'a pas pleinement apprécié la prise de position de son arrière central. Il a choisi de recadrer l'affrontement: «Si on réduit le Portugal à une équipe uniquement provocatrice, on fait fausse route. Ses joueurs sont capables de nous poser de gros problèmes physiques, tactiques et techniques. J'aimerais qu'on stoppe là cette amorce de contentieux. Le Portugal est une belle équipe.»

«Nous sommes prêts»

L'exercice obligé de la conférence de presse n'amuse pas davantage le coach français à l'approche de l'apothéose qu'il ne l'avait émoustillé avant France- Suisse qui lançait le tournoi pour ses joueurs. France- Suisse, justement, revient sur le tapis: «Nous avons éliminé le Brésil. Sommes-nous devenus pour autant les favoris du tournoi? C'est vous qui nous collez cette étiquette. Je remarque en passant qu'elle est toute neuve. Après notre partage contre la Suisse, vous ne parliez pas de nous en ces termes. Moi, je me contente de répéter que notre ambition est d'aller au bout. Nous la cultivions avant les trois coups. Elle n'est pas exacerbée sous prétexte que nous avons atteint les demi-finales. Je ne peux que réaffirmer que nous sommes prêts. Prêts à assouvir notre dessein. C'est un constat, pas un accès de prétention. Pour clore le sujet, je rappelle que le Portugal nourrit - légitimement - la même ambition que nous. Et que, si je ne m'abuse, le champion du monde est son entraîneur. Ce n'est pas moi.»

Raymond Domenech a tout dit. Il n'ajoutera plus grand-chose. Thuram, Vieira et Trezeguet évoluent à la Juventus, tellement engluée dans l'oeil du cyclone qui ébranle le foot italien qu'elle est menacée de basculer en Serie C. Raymond Domenech a-t-il veillé à protéger ces joueurs contre les répercussions psychologiques d'une telle sanction? «Non. Ils ont, eux-mêmes, fait abstraction des problèmes de leur club.»

© Les Sports 2006