La qualité du football belge est décevante mais il y a pire. Une campagne ("Ne faites pas le singe") de sensibilisation aux dégâts causés par le racisme dans les stades est en cours.

Or, depuis son lancement, les incidents se sont multipliés. Ebouh Sillah, du Brussels, a été insulté à Roulers, le 11 novembre; Patrick Ogunsoto (Westerlo) a été, dit-il, la cible d'injures de la part de Stefan Leleu (Zulte) et vendredi, Mohamed Sarr, l'arrière du Standard, a été pris à partie au Germinal Beerschot.

Faudra-t-il un drame comme celui qui s'est joué à Paris (un fan du PSG tué par un policier en civil) pour qu'enfin, les choses changent ? En tout cas, le ministre de l'Intérieur, Patrick Dewael (VLD), a montré les dents.

Selon "De Morgen", il exige que l'Union belge de football applique désormais strictement l'article 55 du règlement de la Fifa qui prévoit de lourdes sanctions contre les clubs laissant entrer dans leurs stades des spectateurs xénophobes. Ces sanctions vont de l'amende à l'obligation de jouer à huis clos en passant par le retrait de points.

"Si les mesures de sensibilisation ne suffisent pas, alors nous devrons passer à la phase de répression", a déclaré M. Dewael. "Et chacun devra prendre ses responsabilités, à commencer par l'Union belge."

Celle-ci participe depuis de nombreuses années, en collaboration notamment avec le Centre pour l'égalité des chances ou la Fondation roi Baudouin, à des campagnes antiracistes ou à des programmes de formation auprès des jeunes footballeurs.

Mais elle a attendu juin 2006 pour intégrer dans ses statuts l'article 55 du règlement de la Fifa et ne semble pas particulièrement pressée de faire appliquer les moyens de pression dont elle dispose déjà depuis plus longtemps.

Ainsi, les arbitres ont-ils la possibilité d'arrêter une rencontre s'ils sont les témoins de comportements racistes. Seul Marcel Javeau a usé de ce droit après qu'un joueur eut... insulté sa maman.

Du côté du Centre pour l'égalité des chances, on indique que depuis dix ans, le nombre de plaintes provenant des milieux sportifs (parents de jeunes joueurs, spectateurs, arbitres, clubs) tourne autour des 150, en augmentation ces deux dernières années ("mais peut-être parce que les gens connaissent mieux leurs droits").

La plupart ont trait au monde du football même si la maladie gagne depuis quelques mois le basket ("nous devrons y être attentifs").

Le Centre se plaint du laxisme de la Fédération quand il est question de punir des comportements honteux. "Pourtant, nous formons les stewards des clubs à identifier les éléments racistes. Si on traitait le mal à la racine en s'occupant du noyau dur sans délai, on éviterait bien des dérives."

Du côté des clubs et des forces de l'ordre, on évoque les difficultés d'identifier ces meneurs et de les mettre hors-jeu, par une interdiction de stade ou des amendes dissuasives.

Pour M. Dewael, "si les portes d'un stade restent closes à cause des méfaits d'une minorité d'agitateurs, la majorité des supporters aura tôt fait d'éradiquer le racisme, en exerçant une sorte de contrôle social".

En tout état de cause, son cabinet prépare une circulaire musclée, qui sera envoyée aux bourgmestres, aux chefs de corps et à l'Union belge. Le ministre rencontrera sous peu le président de la fédé, François De Keersmaecker.

© La Libre Belgique 2006