Les cours d’économie sont parfois saisissants de simplicité. En fouillant dans certains travaux (au demeurant contestés) une loi d’airain paraît ainsi se dégager : une entreprise nationale ou un particulier ne peuvent emprunter à moindre coût que leur Etat, ce dernier restant considéré comme "le meilleur payeur" de la nation.

Alors, lorsqu’il s’agit de plonger dans les arcanes du football grec, la théorie rejoint pour une fois la réalité. Car voilà des mois que les clubs helléniques avalent un bouillon auxquels les footballeurs n’étaient guère habitués. Avec son lot de salaires en retard ou, plus sèchement, impayés, le football grec connaît désormais la crise de la dette jusqu’au bout des doigts de pied.

Pire encore. Plutôt que de s’endetter auprès de riches entrepreneurs, de magnats russes et de mécènes privés, certains clubs de première division ont eu "le bon goût" et "la bonne idée" de s’endetter auprès de l’Etat grec lui-même. Un Etat qui, la gorge sèche, court désormais derrière le moindre argent frais.

Premier concerné, le PAOK Salonique du cher et tendre Laszlo Bölöni (dont chacun se souvient des deux années passées au Standard) devait ainsi rembourser 30 millions d’euros à l’Etat grec. Aux dires de l’ancien entraîneur liégeois, l’ardoise du PAOK (l’un des cinq ténors du championnat grec) est aujourd’hui retombée à 3 millions d’euros. "Quand on a commencé la saison, j’ai bien cru qu’on ne la finirait pas" , raconte le mentor roumain. "Les premiers mois ont, force est de le reconnaître, été très difficiles puisque nous étions privés de transferts et que certains joueurs restaient régulièrement impayés. On s’est séparé des plus gros salaires, on a vendu nos plus grands joueurs mais aujourd’hui l’UEFA nous cite en exemple ", précise Laszlo Bölöni.

Reste que dans l’intervalle, le président du PAOK, Theodoros Zagorakis, icône de l’équipe grecque championne d’Europe en 2004, a été brûlé par le fouet de la vindicte populaire (et contraint à la démission) tandis que d’autres clubs s’enfonçaient dans une crise de plus en plus épaisse. C’est ainsi que le petit voisin de l’Aris Salonique se verra bientôt tiré devant la FIFA puisque deux de ses joueurs, impayés depuis de longs mois, y ont fait la demande de casser leur contrat.

A dire vrai, les footballeurs étrangers restent bien logés au cœur d’une crise qui a envoyé au tapis tout le mobilier que le football grec croyait avoir patiemment construit. Un championnat attractif, un climat où se dorer la pilule n’est plus un crime de lèse-majesté et des salaires capables d’aimanter de grands joueurs étrangers. Ceux-ci restent, à l’instar de notre compatriote Kevin Mirallas (Olympiakos), les premiers servis et les premiers payés. Seuls les joueurs nationaux peuvent actuellement "s’enorgueillir" de trinquer.

Tout sourire, Mirallas peut par ailleurs se reposer sur l’argent d’Angelos Marinakis, propriétaire de l’Olympiakos et du groupe de transport pétrolier, Crude Carriers. A la moindre panne sèche, le président mécène vient donc ravitailler son club à grands coups d’argent frais.

Un scénario que l’autre géant grec, le Panathinaikos connaît lui aussi sous la houlette de son président Vardinoyannis même si l’homme, en quête d’un repreneur, se dit lassé de regonfler des caisses qui, aussitôt remplies, commencent à se vider.

Si le Panathinaikos et l’Olympiakos évitent ainsi la crise par les bienfaits du mécénat, tous les autres clubs ont plus ou moins plongé sous la poussée de la récession et de la perte des droits télé. Propriétaire de ces droits, Nova TV connaît elle aussi une agonie que le football n’avait pas programmée.

Alors, dans ce nouveau désert grec, la corruption s’installe comme une bouffée d’air. Après l’exclusion des clubs de l’Olympiakos Volos et de Kavala en juin dernier, le mal continue de ramper. Avec deux tiers de footballeurs grecs payés avec retard, faut-il vraiment s’étonner ?