Dimanche soir après le succès étriqué contre Louvain (2-1), Anderlecht a dit merci à Mbokani. Une fois de plus. Si le Sporting semble au-dessus du lot, c’est à son magicien offensif qu’il le doit avant tout. Ce n’est pas Claude Le Roy qui dira le contraire. L’entraîneur français est son sélectionneur avec la République démocratique du Congo et il l’adore.

Le Congo : sa deuxième jambe

La forme que détient Dieumerci Mbokani n’étonne absolument pas Claude Le Roy. "Pour qu’il joue bien en club, il a besoin de se sentir bien en sélection. Dieumerci adore son pays et l’équipe des Léopards . Quand son nom a été traîné dans la boue (NdlR : Mbokani a été écarté de la sélection pour avoir refusé plusieurs sélections) , il souffrait terriblement. Il se sentait vraiment humilié. Maintenant qu’il est à nouveau adulé par les supporters congolais, il a retrouvé son équilibre. Anderlecht, cela représente une jambe de Mbokani. La sélection est la seconde. Le club belge a bien compris que son attaquant serait meilleur s’il pouvait aussi briller en équipe nationale et il en récolte aujourd’hui les fruits."

Claude Le Roy l’avoue tout de même : il a souffert pour faire revenir Dieumerci Mbokani chez les Léopards. "La fédération a rapidement annulé sa punition mais il restait encore à convaincre le joueur. Comme je vous l’ai dit, il s’était senti humilié. J’ai fait le voyage jusqu’à Bruxelles de nombreuses fois. A chaque fois, il hésitait mais je ne lâchais pas, en bon Breton que je suis. J’ai fini par lui expliquer que j’étais sûr qu’il finirait par revenir car il aimait trop sa patrie. Quand il m’a téléphoné pour me communiquer qu’il se remettait à disposition de l’équipe, j’étais vraiment ému. C’est comme si j’avais gagné au Lotto."

L’homme qui a propulsé Mbokani

L’entraîneur français n’est pas seulement le sélectionneur de Dieumerci Mbokani, il est aussi celui qui lui a donné sa chance au plus haut niveau. C’était en 2006 et Claude Le Roy s’en souvient comme si c’était hier. "Je l’ai repris pour un match amical au Mexique. C’était ma dernière rencontre, je savais déjà que j’allais partir (NdlR : à la tête de l’équipe nationale du Ghana). Je ne l’avais vu qu’une seule fois à l’œuvre avec son club du TP Mazembe mais j’étais directement tombé sous le charme. J’ai lancé de nombreux grands attaquants dans ma carrière de coach, comme George Weah par exemple, et j’ai compris rapidement que Mbokani pourrait s’ajouter à mon petit palmarès. Le stade Azteca de Mexico était totalement plein, soit 100 000 personnes. Dieumerci, du haut de ses 21 ans, n’était pas du tout impressionné et il a inscrit un but somptueux. Il a vu que le gardien s’était avancé et il a tiré de 50 mètres."

Convaincu des immenses possibilités de l’attaquant, Claude Le Roy n’hésite pas à le comparer aux plus grands. "Il y a un an, j’ai dit au Congo que Dieumerci Mbokani avait le même profil que Zlatan Ibrahimovic. Tout le monde s’est foutu de ma tronche mais je reste convaincu que j’ai raison. Il est l’un des rares joueurs à pouvoir jouer en pivot et en profondeur avec une facilité déconcertante, comme le Suédois du PSG. C’est un grand luxe pour une équipe dans le foot moderne, croyez-moi."

Du retard à l’allumage

Reste qu’à 27 ans, Dieumerci Mbokani ne joue toujours "qu’en Belgique". Une anomalie ? Non, juste un retard à l’allumage, selon le coach français. "Il ne faut pas sous-estimer la difficulté de passer d’un petit quartier congolais à une grande ville européenne comme Bruxelles. Cela n’a pas été simple à assumer pour Dieumerci. Pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est un mec facile. A partir du moment où tu es honnête avec lui, il ne fera pas de vagues. Il a parfois un caractère spécial, mais c’est aussi ça qui fait sa force. Pour moi, le talent se crée toujours à partir d’une mentalité différente de la moyenne. Dieumerci pourrait déjà jouer dans un plus grand championnat mais il n’a pas été compris en France. Vous savez, mes compatriotes adorent porter des jugements de valeur sans vraiment connaître. La Belgique a fait plus d’efforts pour accepter Dieumerci et vous avez la chance de le voir à l’œuvre toutes les semaines. De toute manière, il a encore cinq années de carrière devant lui. Il peut très vite atteindre le top. Il va participer à la Coupe d’Afrique qui est le troisième événement foot le plus regardé sur la planète. Je pense qu’il peut devenir la grande révélation du tournoi."