L'enquête sur les comptabilités des clubs italiens de division 1 lancée la semaine dernière pourrait brutalement stopper la récente renaissance européenne du football italien. Si cette enquête financière, sans précédent dans le milieu du football, révélait des activités frauduleuses, les clubs italiens pourraient se trouver exclus de la Ligue des Champions, gagnée l'année dernière par le Milan AC aux dépens de la Juventus de Turin. L'instance supérieure du football européen, l'UEFA, a en effet annoncé que les équipes devront prouver la régularité de leurs finances pour participer aux compétitions européennes.

Des perquisitions jeudi dernier aux sièges des 18 clubs de série A ont permis de saisir des documents pour cette enquête ciblée sur les salaires des joueurs, leurs impôts sur ces revenus et les frais de transferts. Propriétaire du Milan AC, club leader du Championnat d'Italie mais très endetté, le chef du gouvernement Silvio Berlusconi a protesté contre cette enquête, avant de revenir sur son propos. «Comme passionné, je souhaite que le monde du football soit transparent et, comme libéral, je dois relever que des mesures discriminatoires ne doivent pas exister dans un état de droit», a-t-il assuré. Le vice-premier ministre Gianfranco Fini, en revanche, a salué cette enquête.

Plusieurs grands clubs italiens, dont les deux équipes de la capitale, la Lazio et l'AS Rome, ont eu des difficultés à payer leurs joueurs cette saison.

«Il est désormais temps pour le football de régler certains problèmes au niveau des clubs eux-mêmes et, en imposant ce nouveau système, l'UEFA devrait garantir que les clubs évoluant dans ses compétitions contrôlent leur finance de manière professionnelle et adéquate», a expliqué l'un des dirigeants de l'UEFA, Lars-Christer Olsson.

De nombreux clubs italiens ont dû puiser dans leurs finances afin de recruter, se mettant en difficulté financière et devenant de fait moins attractifs que les clubs anglais et espagnols pour les transferts. Le Milan AC présentait en fin de saison dernière un déficit de 247 millions d'euros. L'AS Rome affiche un passif de 224 millions pour l'exercice 2002-2003, la Lazio de 313 millions et l'Inter Milan de 303 millions d'euros. Seule la Juventus a pu clore son exercice sur un bilan positif de 2,15 millions d'euros.

Et une autre menace plane sur le football italien. La Commission européenne remet en effet en question un décret-loi, le Salva calcio, qui a permis aux clubs d'étaler sur dix ans les pertes dues à la dépréciation de leurs joueurs et donc d'afficher des bilans un peu plus reluisants. Bruxelles y voit une forme d'aide du gouvernement italien donnant aux clubs de la péninsule un avantage sur leurs rivaux européens.

© Les Sports 2004