Si l'on attribue neuf vies aux chats, Robert Louis-Dreyfus (RLD) doit avoir quelque chose de félin en lui. Avec la faculté de retomber sur ses quatre pattes en prime.

Né en 1946, héritier d'une richissime famille de négociants, le jeune Robert Louis cultive les paradoxes. A 20 ans, il n'a toujours pas réussi à décrocher un bac qu'il n'aura d'ailleurs jamais. Sa vie, c'est le poker, les filles et l'alcool. Soit un dilettante immature jusqu'au jour où son père lui intime l'ordre d'intégrer l'Ecole des cadres "pour faire quelque chose de sa vie". RLD ne s'arrête pas en si bon chemin, il s'inscrit à la prestigieuse Harvard Business School où il obtient 813 sur 850 aux tests. Détestant les "fils de", il finance lui-même ses études grâce au poker où il aurait engrangé quelque 400000 dollars (!). Un condisciple dira de RLD : "Il bossait sans doute plus qu'il ne l'avait jamais fait, mais probablement moins qu'un autre." Voilà qui résume la carrière de cet homme d'affaires qui sent instinctivement les bonnes opportunités. L'OM excepté !

Il fait ses premiers pas dans une société d'études médicales à Londres où il s'appuie notamment sur l'automatisation pour réduire les coûts. Il fait passer le chiffre d'affaires de 176 millions de dollars à plus d'un milliard. Il est lancé. Dans la foulée, il redresse la boîte de pub Saatchi & Saatchi où il n'hésite pas à diminuer ses émoluments de 75 pc. Chez Adidas, il développe le "fashion" sur le modèle rétro de la chaussure de tennis "Stan Smith". Madonna ne jure plus que par Adidas qui déborde des terrains de sport pour envahir la rue. En devenant propriétaire de l'OM en 1996, ce n'est pas une entreprise comme une autre que RLD rachète mais le "système" marseillais. Condamné en première instance à 3 ans de prison avec sursis et à 375 000 euros d'amende dans le cadre d'une affaire de commissions occultes sur transferts de joueurs, RLD verra sa peine réduite en appel à 10 mois de prison et 200 000 euros d'amende. Le Suisse n'aurait péché que par négligence par rapport à un entourage sulfureux. Ce qui plaide pour lui, c'est le côté "dérisoire" de la fraude (22 millions d'euros), lui qui détient 55 pc d'un groupe familial qui enregistre un chiffre d'affaires de 27 milliards d'euros.