Va-t-on assister au dernier "Classique" de la saison ? Voilà sans doute la question primordiale en préambule à ce Standard-Anderlecht. Car ce dimanche, sur le coup de 14h30, les Rouches entameront leur sprint de neuf journées (mais huit matches) à la poursuite du "Top 6". Actuellement septièmes, les doubles champions en titre pouvaient, avant le match d’hier soir, retomber à la neuvième position en cas de défaite face à leurs ennemis jurés. Ennemis jurés, une expression à manier avec précaution par les temps qui courent. En effet, depuis quelques semaines, les directions bruxelloises et liégeoises tentent de calmer le jeu après plusieurs mois de tensions exacerbées.

Si la rivalité entre les deux clubs n’a jamais constitué un secret, depuis les test-matches de juin dernier, celle-ci a pris des proportions démesurées. Alors que la saison dernière devait se conclure en apothéose, la double confrontation entre les deux ténors a tourné à la bagarre de rue. La presse, dans son ensemble, avait largement contribué au phénomène, faisant grimper la pression sur des acteurs "prêts pour la guerre". A l’issue de ce simulacre de football qui a vu les Rouches doubler la mise, le climat n’a cessé de se détériorer. En juillet survient l’affaire Van Damme. Le joueur refuse de jouer pour le Sporting en Coupe d’Europe pour pouvoir être aligné en Ligue des champions avec un autre club. Très vite, la direction mauve et le défenseur pointent une manœuvre du Standard qui dément formellement. Enfin, l’affaire Witsel - Wasilewski a fini de brouiller les relations entre deux fleurons de notre élite.

Mais ce sont sans doute les conséquences de ce dernier incident qui ont amorcé l’inflexion de cette spirale négative. Devant les dérives des supporters et la naissance de slogans anti-Witsel, de comparatifs outrageux du Soulier d’Or 2008 aux ordures de la pire espèce, une prise de conscience que l’exemple devait venir des deux clubs est apparue tant dans la capitale que dans la principauté. A l’initiative d’Alain Courtois, notre "monsieur consensus" du football, le président d’Anderlecht, Roger Vanden Stock, et le vice-président du Standard, Luciano d’Onofrio se sont rencontrés au château de Hélécine à la mi-octobre pour enterrer la hache de guerre. "Je vais me faire, pour un instant, le porte-parole du Standard et d’Anderlecht, insistait Roger Vanden Stock, début octobre lors de cette rencontre. Nous allons travailler ensemble afin de trouver le moyen de rassembler nos supporters. Nous voulons qu’ils se rencontrent. Nos supporters doivent comprendre que le fair-play doit passer avant le reste. Nos deux clubs doivent collaborer et regarder dans la même direction. Cessons d’être des ennemis, soyons amis."

Si ce vœu pieu tient de la gageure, l’orientation du discours ne peut être que saluée et le message fort, livré par les deux directions, aura eu l’effet escompté. Mais à l’aube de ce deuxième et peut-être dernier "classique" de la saison, l’enjeu inhérent à cette rencontre au caractère toujours spécial pouvait laisser craindre une résurgence des rancœurs passées. Mais, au contraire, toutes les parties - supporters, joueurs et directions - semblent s’accorder sur le mot d’ordre : fair-play.

Au lendemain de l’attribution du Soulier d’Or à Milan Jovanovic, les déclarations issues des deux camps convergeaient : "Je ne calcule pas, assure le Serbe. Je dis ce que je pense. Et, pour moi, il n’y a pas de sport sans fair-play. La réussite, c’est le sommet du sport. Le fair-play, c’est la base."

Pour Mbark Boussoufa, cette rencontre sera bien le théâtre d’une revanche pour les Mauves mais sportivement, et uniquement sportivement : "On a hâte d’y être. Bien sûr, il n’y a que trois points en jeu. Mais cette rencontre attire toujours tous les regards : Standard - Anderlecht, c’est à mes yeux le plus grand match en Belgique. C’est aussi dû à l’omniprésence des médias. Il y a toujours une question d’honneur. Quand quelque chose s’est mal passé, on peut prendre une revanche. Nous sommes dans cette situation, après avoir perdu le titre lors des test-matches. Mais notre revanche sera uniquement sportive. Elle passera par une victoire et par le jeu."

Signes du souhait d’apaiser toute tension, les propos de Pierre François, directeur général du Standard, après le Soulier d’Or, se veulent consensuels : "Je tiens à souligner la sportivité du club d’Anderlecht par rapport au Soulier d’Or. Joueurs, entraîneurs et dirigeants ont reconnu que ce sacre était mérité et que lire le nom de Milan Jovanovic à côté du Soulier d’Or 2009 était un grand honneur. C’est un beau geste de fair-play de leur part, et je les en remercie."

Mais pour que le tableau reste idyllique et que ce "sommet" soit effectivement une fête du football, il faudra que les fans participent à ce mouvement "pacifique". En décembre, des membres des fédérations de supporters d’Anderlecht et du Standard se sont rencontrés pour tenter de se mettre d’accord sur le moyen de ne pas envenimer les choses. Exit les calicots incendiaires, finis (ou presque) les chants haineux, voilà en tous les cas les objectifs avoués de ces représentants des différents groupes de fans. Vendredi, la direction mauve avait passé le mot d’ordre à sa fédération de supporters, black-out vers la presse pour ne pas envenimer les choses. Idem côté liégeois.

Toutes les conditions sont réunies pour que le "choc" ne soit pas gâché par un mauvais état d’esprit. Reste aux joueurs à offrir sur le terrain le spectacle tant espéré.