La Belgique vient-elle d’ouvrir les yeux sur les pratiques du monde du football ? Depuis l’annonce du transfert imminent de Mbark Boussoufa vers le Terek Grozny, les notions d’éthique - morale et financière - et de politique se sont tout à coup invitées dans un milieu qui a, depuis longtemps, rangé le fair-play et l’esprit du jeu dans le dernier de ses tiroirs.

Le petit Marocain ne fait-il pas que s’inscrire dans la logique dominante de nos sociétés en répondant à l’appel des sirènes tchétchènes ? Le football n’est, depuis belle lurette, plus un sport collectif mais bien individuel où l’intérêt personnel et financier a pris, de loin, le pas sur la logique d’équipe.

Alors que le petit milieu du ballon rond se serait enflammé en cas de transfert juteux du joueur d’Anderlecht vers Manchester United ou le FC Barcelone, pourquoi se formaliser ici au sujet des montants en jeu ?

Quant à la provenance des fonds russes, n’est-elle pas tout aussi occulte dans de nombreux clubs d’Europe occidentale ? Bien sûr, entre Milan ou Londres, d’un côté, et Grozny, de l’autre, la situation politique n’a aucune commune mesure. Dans la République tchétchène, étranglée d’une main de fer par Ramzam Kadyrov, l’omnipotent garant de la souveraineté russe sur cette région, la misère et le déni des droits humains les plus élémentaires font, en effet, partie du quotidien. Mais attribuer un caractère politique au transfert de Boussoufa ne conférerait-il pas une responsabilité illégitime et démesurée à un joueur de football ? En l’espèce, le choix du Marocain ne concerne que lui, et sa conscience.