Sur l'esplanade qui conduit à l'enceinte du Jan Breydel Stadion, le temps semble s'être arrêté.

Accrochées à la grille intérieure du stade, trois photos en couleurs, émouvantes, résument la carrière brugeoise du buteur liégeois. "Merci, François ! You'll never walk alone", proclame l'une d'elles sur laquelle, évidemment, il sourit. Sur une autre, François tire sur le pan de son maillot et l'embrasse, les yeux brillants. Sur la troisième, il vient d'inscrire un but. Faisant tourner la main près de sa joue, selon un geste aujourd'hui gravé dans toutes les mémoires, il imite l'explosion de joie de Luca Toni, son idole. François, qui rêvait tant de jouer en Italie...

Sur le sol, quatre bouquets de fleurs reposent, déposés par des anonymes. Quelques supporters, sidérés, se recueillent un instant, comme égarés, avant de quitter le parvis, sans avoir prononcé le moindre mot.

Dans le "Klokke" , les bureaux du Club Bruges, la direction a improvisé une conférence de presse, derrière la photo en couleurs de François, bordée d'une rose blanche. Les visages sont graves, fermés. Les dirigeants sont atterrés. Les doigts crochés sur son mouchoir, Luc De Vroe décline l'invitation à s'exprimer que lui lance son président : s'il parle, il éclatera en sanglots comme il l'a fait le matin, au téléphone. Michel D'Hooghe s'exprime le premier, d'une voix qui chevrote : "La famille brugeoise a perdu un énorme joueur mais aussi un grand ami. Un homme jeune, insouciant mais si riche de promesses. Qui aurait pu penser que lorsqu'il inscrivit deux buts, déjà, en disputant son premier match, nous achèverions la saison sur un tel drame ? Le destin, souvent, est terrible. François était pétri de talents et plein... de buts. Il avait ses défauts, certes, mais il était tellement charmeur que personne ne pouvait lui tenir rigueur longtemps quand il souriait. Il était un vrai soleil, dont tous les rayons irradiaient."

Jacky Mathijssen est sûrement le Brugeois qui le connaissait le mieux. Le visage défait, l'entraîneur du Club lutte pour retenir ses larmes. Il extrait un papier de sa poche et d'une voix sans timbre, décerne à son tour à son joueur défunt un hommage appuyé : "Sterchele était un bon footballeur. François était, pour un entraîneur, un merveilleux élève. "Swa" était le plus beau, le meilleur équipier qui soit car il l'était pour tout le monde."

Michel D'Hooghe reprend la parole : "Le courage, la volonté, la détermination jusqu'à l'ultime minute de François l'avaient érigé en membre de la famille. C'est pour ces qualités-là que Bruges l'avait adopté."

Le Club Bruges n'aurait pas pu prendre plus dignement congé de son buteur liégeois. François est mort comme il avait vécu : à toute vitesse...