MADRID Si le transfert de la vedette Ronaldo au Real Madrid est un immense succès médiatique que ne manquera pas d'exploiter l'habile président du club madrilène de football Florentino Perez, le choix sportif est lui plus critiqué en coulisses.

`Dom Argent est un puissant seigneur´, commentait samedi soir un supporter en paraphrasant le célèbre écrivain du XVIIe siècle Francisco de Quevedo. Sur le plan financier, le Real semble réaliser un bon coup en ne déboursant que 45 millions d'€ au total.

L'intégration de la star brésilienne Ronaldo à une équipe où figurent déjà le Français Zinedine Zidane (recruté pour 75,1 millions d'€), le Portugais Luis Figo (recruté pour 61,7 millions d'€), l'Espagnol Raul Gonzalez ou le Brésilien Roberto Carlos ne lasse pas de faire rêver. Le Real dispose sans doute là des cinq joueurs les plus cotés au monde et peut se targuer d'avoir sur le papier un dream team digne de celui des Di Stefano, Puskas, Kopa et Gento...

L'opération allie, de plus, prestige et marketing. Si Morientes était l'avant-centre de l'équipe d'Espagne, Ronaldo a évidemment un rayonnement incomparable et le Real va pouvoir exploiter l'image de la star à travers le monde. Image de Nike, figure reconnue dans le monde entier, Ronaldo a déjà prouvé qu'il était un bon vecteur publicitaire et c'est sans doute une des raisons qui ont conduit le Real, soucieux de s'ouvrir des marchés en Amérique du Sud et en Asie notamment, à aller jusqu'au bout. La presse estimait en outre, il y a quelques jours, que le club pourrait vendre 400.000 maillots par an du meilleur buteur du Mondial 2002 (8 buts).

Toutefois, sur le plan sportif, les critiques s'élèvent déjà. Non seulement Morientes avait fait ses preuves en Liga en signant pas moins de 100 buts depuis le début sa carrière mais sa complémentarité avec l'autre vedette espagnole Raul Gonzalez était évidente. Avant-centre type, Morientes fixait les défenses, savait jouer dos au but et ouvrait des brèches pour Raul. Le jeu en profondeur et en vitesse de Ronaldo n'est pas forcément compatible avec celui de Raul, voire du Real. L'exemple de l'échec du Français Nicolas Anelka, dont le jeu s'apparente un peu à celui de Ronaldo, est là pour le rappeler même si le Français avait aussi, il est vrai, connu des problèmes de comportement.

Sans entrer dans des élucubrations tactiques qui pourraient être confirmées ou infirmées dans plusieurs jours, il existe une certitude: depuis plusieurs années, le Real repousse sans cesse l'achat d'un défenseur de haut niveau. Après le départ d'Aitor Karanka, le Real aborde la saison avec seulement deux défenseurs centraux rodés aux joutes de haut niveau, Fernando Hierro, qui aura 35 ans en mars prochain, et Ivan Helguera. Le jeune remplaçant Francisco Pavon, 22 ans, qui a joué 28 matches la saison dernière, a en outre montré quelques limites dans les matches importants. La commission technique avait d'ailleurs demandé au club de recruter un défenseur et non un attaquant alors que le club dispose, outre Morientes, de Guti et du prometteur Portillo, appelé à être un des meilleurs avants-centres de l'histoire du Real, selon les observateurs.

Morientes restant au club -mais peut-être interdit de compétition européenne pour faciliter une juteuse sortie en décembre-, il pourrait aussi être un souci dans le vestiaire où il dispose de nombreux amis et pas des moindres: Raul, Hierro et Michel Salgado.

Florentino Perez semble lui persuadé qu'affaires et sport peuvent faire bon ménage. Les précédents recrutements, très critiqués en leur temps, de Zidane et de Figo lui ont donné raison.

© Les Sports 2002