Il n’est pas facile de se motiver pour un match de qualification… quand on a déjà la "qualif" en poche. Il y a deux ans, on n’avait ainsi pas vu un grand match face au pays de Galles (1-1) : tout le monde avait la tête à la fête. Cette fois, les Diables ont une excellente raison de jouer cette rencontre contre Israël à fond : s’ils s’imposent, ils seront assurés de devenir premiers au prochain classement Fifa !

Beaucoup de personnes se demandent encore comment cela a pu arriver. Entre 2004 et 2011, la Belgique ne faisait même plus partie du Top 40 et la voilà presque sur le toit du monde… La réponse est simple : ils ont très bien profité du mode de fonctionnement du classement Fifa, qui ne prend en compte que les résultats des 48 derniers mois.

Le calcul du classement du 5 novembre 2015 couvre donc la période allant de novembre 2011 à octobre 2015. Soit exactement l’époque à laquelle les Diables ont commencé à se montrer plus réguliers.

Leader jusqu’en mars 2016 ?

Les hommes de Marc Wilmots profitent aussi du mode de pondération des matches. Les matches officiels de qualification ont un poids 2,5 fois plus important qu’un match amical. Et un match de Coupe pèse quatre fois plus. Le 26 sur 30 lors de la campagne qualificative pour le Brésil et les trois victoires en poule au Mondial ont donc rapporté un fameux paquet de points.

Après, il fallait encore dépasser l’Argentine et l’Allemagne. Leurs défaites de la semaine passée ont pesé dans la balance, mais ces équipes ont aussi été victimes du phénomène (complexe) de la perte des points d’il y a quatre ans, tel un joueur de tennis qui rate un Grand Chelem qu’il avait gagné l’année d’avant.

Si la Belgique fait de bons résultats face à l’Italie et à l’Espagne en novembre, elle a de bonnes chances de rester en tête… au moins jusqu’en mars 2016. Pour la suite, tout dépendra des résultats. Mais dans la foulée de l’Euro, les Diables subiront l’effet boomerang. Dès septembre 2016, ça deviendra bien plus compliqué de se maintenir au sommet du football mondial.


D’une pauvre 71e place en 2007 vers le toit du monde en 2015

C’était le 2 juin 2007. La Belgique accueillait le Portugal dans le cadre des qualifications à l’Euro 2008 avec un tout nouveau statut : celui d’une équipe classée au-delà de la 70e place mondiale, la 71e exactement. Un nouveau statut étrenné comme il se doit : par une défaite (1-2) suivie d’une autre quatre jours plus tard en Finlande (2-0).

Dans le noyau sélectionné par René Vandereycken en juin 2007, on retrouvait des joueurs comme Philippe Clement, Mark De Man ou Kevin Vandenbergh mais aussi quatre Diables toujours repris par Marc Wilmots : Jan Vertonghen, Marouane Fellaini, Thomas Vermaelen (blessé cette fois) et Nicolas Lombaerts.

Le défenseur du Zenit s’en souvient bien. "Il y a un monde de différence entre les Diables qui étaient 71es et ceux d’aujourd’hui. On ne pouvait même pas rêver de cette première place à cette époque. J’ai toujours aimé être Diable, mais c’est plus chouette de jouer devant des tribunes remplies comme aujourd’hui. Dans le vestiaire, on ne parle pas souvent du passé, même s’il reste six survivants de cette équipe de 2007 (NdlR : en comptant Anthony Vanden Borre et Steven Defour, moins régulièrement repris ces derniers temps), c’est beaucoup finalement."

Les temps ont changé

En cas de succès contre Israël, la Belgique deviendrait le premier pays à ne jamais avoir remporté de grande compétition à trôner en tête du classement Fifa, mais elle deviendrait aussi le plus petit pays et le moins peuplé à prendre la tête. "Et ça, il faut le savourer", estime Marc Wilmots. "Le football belge ne se rend pas compte de la concurrence qu’il y a dans ce sport. Vous avez des pays de 120 millions et même de 180 millions d’habitants qui sont là et nous, on est là avec nos 11 millions de Belges. Vous pouvez tous en être fiers, joueurs, entraîneurs, membres du staff, supporters et même journalistes. Ça ne fait pas de mal d’être fier…"

Le sélectionneur a aussi tenu à rendre hommage au personnel de la Fédération. "On a souvent critiqué ces employés, surtout pour des questions financières et c’est d’ailleurs pour ça qu’on va jouer au Koweït, mais ils ont bien travaillé et ont eu de bonnes idées. J’ai d’ailleurs reçu un SMS de Steven Martens. Malgré tout ce qu’on a pu dire, il a fait un gros travail. Tout le monde commet des erreurs, moi le premier, mais les gens ont énormément bossé pour en arriver là. Il faut dire aussi quand c’est bien."

En cas de première place, Marc Wilmots sait qu’un nouveau défi l’attendra : y rester. "Si on parvient à se stabiliser parmi les dix meilleurs mondiaux pendant six ou sept ans, ça voudra dire qu’on aura bien travaillé."

Alors, savourons.


Comment est calculé ce ranking ?

Purement anecdotique et publicitaire pour les uns, valorisant pour les autres, de son nom complet, le classement mondial Fifa/Coca-Cola est établi selon une formule bien précise qui prend en compte quatre éléments qui sont combinés via une multiplication à la fois simple et compliquée.

La valorisation du résultat

L’élément le plus simple à appréhender : une victoire rapporte 3 points, un nul 1 point, une défaite 0. Perdre une rencontre, qu’importe l’adversaire, empêche donc de marquer des points. Le vainqueur d’un match aux tirs au but empoche 2 points au vainqueur, le perdant 1.

L’importance du match

L’échelle est très claire : un match amical vaut un point; un match éliminatoire 2,5; une rencontre de groupe en phase finale 3; une rencontre éliminatoire en phase finale 4.

La valeur de l’adversaire

Les deux premiers éléments sont ensuite multipliés par le classement de l’adversaire. Par défaut, le premier au classement Fifa vaut 200 points, le deuxième 199, le troisième 198 et ainsi de suite jusqu’au 150e. Au-delà ce rang, toutes les équipes ont la même valeur : 50 points. Autrement dit, l’Afghanistan, 150e, a la même valeur que la Malaisie, 171e, le Tchad, 175e ou les Bahamas 208es.

Le coefficient de la confédération

Les trois données combinées sont ensuite multipliées par le coefficient de la confédération. Ce coefficient est de 1,00 pour la Conmebol (Amérique du Sud), de 0,99 pour l’UEFA et de 0,85 pour les autres nations.

Sa temporalité

Jusqu’en 2006, le classement prenait en compte les résultats des huit dernières années pour créer un cercle sans fin qui se rapproche des classements de tennis. Depuis, seuls les résultats des quatre dernières années entrent en ligne de compte. Concrètement, les points récoltés d’octobre 2013 à 2014 ne comptent plus que pour 50 % de leur valeur, ceux récoltés d’octobre 2013 à octobre 2012 pour 30 %, ceux d’octobre 2012 à octobre 2011 pour 20 %. Cette savante formule mathématique aboutit à ce classement que la Belgique peut dominer dès ce mardi soir. 


Il y a 8 ans, on était au même rang que la… Zambie

En juin 2007, les Diables de René Vandereycken chutaient à la 71e place mondiale. Pour situer la "performance", l’actuel 71e du classement Fifa est la Zambie. La Zambie que les Belges avaient un jour battue sur le score de… 9-0 en match de préparation à la Coupe du monde 1994 avec un quintuplé de Josip Weber. Bien sûr, les Zambiens ont progressé depuis lors, au point même de remporter la Can 2012 à la surprise générale, mais cela reste une équipe moyenne sur le continent africain. Une équipe qui n’a d’ailleurs gagné que deux de ses sept dernières rencontres internationales en étant incapable de battre, par exemple, le Malawi ou la Guinée-Bissau, et qui n’a jamais participé à une phase finale de Coupe du monde.