ENVOYÉ SPÉCIAL À LISBONNE

La toute première fois où il a évolué en Coupe européenne, ce fut le 15 juin 1961, soit un mois à peine après son recrutement.

Il n'avait que 19 ans. Benfica allait affronter... Anderlecht. Il ne se doutait pas que cette année-là, son club allait briser l'hégémonie du Real Madrid en Europe.

Eusébio da Silva Ferreira, alias Pantera negra, compte deux Souliers d'Or, un Ballon d'Or et deux d'Argent, 733 buts en 745 matchs, deux titres de champion d'Europe (C 1), trois de vice-champion. Il est un des seuls joueurs à pouvoir se vanter d'avoir une statue à l'entrée du stade de son coeur.

Entretien avec le plus grand symbole du football portugais...

Qu'avez-vous pensé du match aller La Louvière-Benfica?

La Louvière est une équipe raisonnable. Elle a voulu gagner. En imposant leur style de jeu, les Belges ne nous ont même pas laissé jouer. Mais Benfica reste Benfica. Donc demain, nous allons gagner, nous allons les écraser! Il suffit de jouer avec une bonne dose d'humilité. C'est là que nous avons péché à Charleroi.

Ne craignez-vous quand même pas que les plus humbles s'imposent face à Benfica?

Notre but en championnat, en Coupe ou en Coupe de l'UEFA est toujours le même: participer et conquérir. Ici, nous venons de gagner six matchs, l'équipe se sent mieux, l'ambiance aux entraînements s'améliore...

Dans les années 60, lorsque Benfica jouait contre une équipe belge, quel a priori aviez-vous?

La Belgique des années 60 était parmi les plus redoutables d'Europe. Huit ou neuf joueurs venaient du même club. Notre «seleço» était pareille. Les rencontres Belgique-Portugal se résumaient à des matchs Anderlecht-Benfica...

A la fin de votre carrière de footballeur, avez-vous gardé quelques contacts en Belgique?

J'ai un très grand ami en Belgique: Paul Van Himst. On se rencontre dès qu'on peut, mais les obligations de chacun rendent ces moments très rares. Je vais peut-être le revoir à un meeting de la Fifa, on discutera sans doute de l'évolution du football, devenu commercial pour être regardé à la télé. De mon temps, les gens avaient encore le plaisir d'aller sur place. Des enfants venaient avec leurs parents. Le spectacle se tenait dans les tribunes et non sur un divan. Aujourd'hui, c'est impossible. Rien que la semaine dernière, des affrontements entre supporters en Italie et en Espagne se sont soldés par des morts. (...) Les joueurs n'étaient pas moins bons en 1965. Vous aviez des joueurs très physiques, d'autres très techniques...

Lequel est pour vous le plus remarquable aujourd'hui?

Pour moi, le meilleur joueur est toujours celui nommé par la Fifa. Depuis 2002, c'est Ronaldo. Mais le meilleur entre ceux d'aujourd'hui et ceux d'hier est à tout point de vue l'Argentin Alfredo di Stéfano.

© Les Sports 2003