Il se méfie désormais des feux de la rampe, préférant aux médias et aux écrans télé, la certitude du travail bien fait. De passage en Belgique avec Al Shabab, Emilio Ferrera respire pourtant la tranquillité. "C’est peut-être difficile à comprendre mais je suis heureux là-bas."

Embarqué par Michel Preud’homme dans son aventure saoudienne, l’ancien entraîneur brugeois n’a jamais regretté son choix. Certains le disaient meurtri, coincé dans un rôle d’adjoint mal ajusté à ses dimensions mais Emilio Ferrera prétend ne pas avoir abandonné ses ambitions. "Ce n’est pas un rôle d’adjoint tel qu’on le conçoit en Belgique. Il y avait tellement de travail au niveau de la structure et du management que Michel estimait qu’on avait d’une certaine façon besoin de deux entraîneurs à plein-temps. Du coup, j’ai la possibilité de faire ce que j’ai toujours aimé : la tactique, les entraînements, la préparation de matchs au côté de Michel. Je le fais en toute liberté sans avoir à me soucier du reste. Chacun connaît parfaitement son rôle. Et Michel s’implique énormément."

Parfaitement installé sous le soleil saoudien, Emilio Ferrera n’a jamais lâché un football belge ( "Suarez m’a impressionné. De Ceulaer aussi : cela m’étonne qu’un grand club ne l’ait pas transféré" ) où certains hommes forts semblent pourtant l’avoir condamné. A l’heure où la mode des entraîneurs néerlandais s’est désormais imprimée, le nom de Ferrera n’a jamais réussi à lutter avec ceux de Ron Jans ou de John van den Brom : "Si vous me demandez s’il n’y a pas un peu de frustration, je mentirais en répondant par la négative. Je sais que les gens en Belgique ont l’impression de me connaître. Pour une raison que j’ignore, ils jugent mon bilan négatif."

Au pays des aveugles, les borgnes sont souvent rois. Armé de résultats, souvent bons, parfois brillants en D1 belge, l’ancien mentor de Beveren continue sans doute de payer l’image d’un entraîneur plus habitué à la sévérité qu’aux tapes amicales et aux verres de fin de soirée : "J’assume mon caractère. Etre un grand entraîneur demande aujourd’hui énormément de qualités. Je ne les ai pas toutes et je sais que la tâche est de plus en plus difficile. Mais cela n’empêche pas des joueurs comme Leko ou Balaban d’encore m’appeler (sourire)."

Reste que le hasard, les coïncidences ou les résultats empochés avec Al Shabab ("on a battu tous les records du club à commencer par nos 26 matchs sans défaite") pourraient demain le ramener en Belgique. "Je n’ai pas de plan de carrière. Ou plus exactement, j’ai plutôt un plan de famille puisque mes enfants et ma femme doivent me rejoindre en Arabie. Après mes 4 années en Grèce, je voulais me poser mais Michel m’avait convaincu de le suivre au départ pour reprendre l’équipe nationale locale. Le plan de bataille a alors changé mais je ne me voyais pas l’abandonner." Même si les portes d’Anderlecht devaient un jour s’entrebâiller

"C’est un rêve mais j’en ai déjà réalisé beaucoup, il faut en laisser un peu aux autres."