L'enquête suisse sur les conditions d'attribution des Coupes du monde en Russie (2018) et au Qatar (2022) n'a été rendue publique que le 27 mai, lorsque la justice américaine a demandé l'extradition de sept hauts responsables de la Fifa. Ce n'est certainement pas un hasard qu'il ait fallu attendre que les États-Unis ouvrent les hostilités. Avant cela, la justice européenne n'osait pas offusquer la Fédération internationale de football amateur.

Cette frilosité européenne s'explique par le poids que le football représente sur le vieux continent. De notre côté de l'Atlantique, le football est bien plus qu'un sport : la Fifa est un géant médiatique, économique, voire même politique.

Aux États-Unis, au contraire, le soccer n'est pas incontournable. Seulement 4 millions d'affiliés pratiquent ce sport, qui ne représente pas grand-chose à côté du football américain, du baseball ou du basket. L'enjeu économique du soccer, surtout, est une broutille à côté du grand marché européen : la Major League Soccer américaine ne représente que 90 millions de dollars de droits TV par an. À côté, le contrat entre la Premier League anglaise avec Sky et BT Sports s'élève à 2,3 milliards d'euros annuels (25 fois plus).

Appuyée par le FBI, la justice américaine a moins peur de « régler ses comptes » avec l'organisation présumée corrompue que l'Europe.

Une juridiction universelle ?

La justice américaine a le bras bien long, et peut s'exercer bien au-delà de ses frontières. Le « Fifagate » est d'ampleur mondiale, mais certaines transactions présumées frauduleuses se seraient effectuées sur le sol américain. De quoi ouvrir l'appétit de la justice américaine, qui prévoit déjà d'élargir son enquête au-delà des 14 personnes déjà en examen.

Cette affaire est vue par certains comme une ingérence, à commencer par Vladimir Poutine, qui avait accusé Washington de trop se mêler des affaires européennes. À l'époque des premières perquisitions, il faisait même le rapprochement avec les affaires Snowden et Assange : « Malheureusement, nos partenaires américains utilisent de telles méthodes pour servir leurs objectifs égoïstes et persécuter illégalement les gens. Je n'exclus pas qu'il en aille de même dans le cas de la Fifa ». Pour rappel, l'enquête sur les conditions d'attribution de la Coupe du monde russe en 2018 est menée par la police suisse.