Un sport reconnu au niveau professionnel pour la masse d'argent qu'il brasse et les salaires parfois mirobolants de certains joueurs. Mais ce que l'on connaît moins, c'est que l'argent est aussi omniprésent au niveau amateur. Une vraie économie parallèle qui contamine le football provincial depuis des décennies. Et si tout le monde connaît l'existence de ces revenus peu légaux, le sujet est extrêmement tabou. L'omerta est de mise même entre les joueurs eux-mêmes.

Tour d'horizon de cet argent qui fait tant parler de lui, même au plus bas niveau de notre football national.

1 ) D'où vient cet argent ? Pour payer un joueur, il faut bien sortir de l'argent même en noir. Pour trouver cette somme, les clubs bénéficient de plusieurs sources de financement. Tout d'abord l'autofinancement via les entrées au stade, les tombolas, la buvette ou encore les soirées choucroutes. Tout est bon pour aider le club à boucler son budget. Mais, cet autofinancement ne suffit pas. L'autre grande source de financement se situe dans le sponsoring. Ces deux sources forment le budget global du club qui, en grande partie, permettra de financer l'équipe première comme l'explique un président de P1 luxembourgeoise. "Le coût pour l'équipe première représente presque 70 pc de notre budget global. Voici vingt ans, cette partie du budget ne représentait pas plus de 40 pc. Ce seul chiffre montre bien l'inflation depuis deux décennies des montants octroyés aux joueurs."

Une ascension qui pousse de plus en plus de personnes au sein des clubs à investir de l'argent personnel, sans aucun retour. "Cette saison, il m'arrive de mettre facilement 1 500€ par mois de ma poche. Cette somme peut même monter jusqu'à 3 000 € si l'équipe remporte tous les matches du mois", explique le président d'un club du subtop dans la province de Liège, préférant garder l'anonymat. "Cette somme peut paraître exorbitante, mais c'est ma passion. Et si je veux voir évoluer mon club à un bon niveau en première provinciale, je n'ai pas le choix. Je dois attirer des bons joueurs et pour cela il faut payer. Et tant pis si l'argent doit venir de ma poche."

2) Quelle somme d'argent ? Le point tabou par excellence ! Si aucun club ne cache qu'il rémunère ses joueurs, peu son enclin à divulguer des chiffres sur la place publique. Même constat du côté des joueurs, la grande majorité avoue même ne pas connaître les primes de matches de ses propres coéquipiers. "Même si les joueurs savent qu'il existe des différences, c'est primordial de ne pas révéler exactement les chiffres. Il arrive qu'un jeune joueur gagne 25€ du match tandis que son partenaire plus chevronné empoche 300€. Si ces chiffres étaient divulgués clairement en début de saison il y aurait des tensions énormes au sein du groupe", explique un président de club de 2e provinciale luxembourgeoise.

Ce témoignage montre bien que chaque rémunération se fait au cas par cas. Mais après les nombreux témoignages de joueurs et de présidents, une fourchette peut facilement se profiler. Au plus bas niveau, la majorité des joueurs de 3e et 4e provinciales ne gagnent presque rien comme primes de matches. Par contre les clubs qui luttent pour l'accession à la division supérieure offrent des primes de matches à chaque joueur oscillant entre 25 et 50 € du match. En 2e provinciale, la quasi-totalité des joueurs gagnent de l'argent. Ici, la fourchette peut varier de 25 à 100€ du match. Sans compter les éventuelles primes de victoire, de signature ou encore de but.

En moyenne, le budget joueur pour un club de 2e provinciale oscille entre 20 000 et 45 000 € par an. En 1e provinciale, ce chiffre double facilement. Par mois, un club sort de ses caisses une somme se situant entre 2 500 et 8 000 € en comptant sur un noyau de seize joueurs. Peut-être plus encore qu'aux niveaux inférieurs, la différence entre les joueurs d'un même club est importantes comme le confie le président d'un club namurois. "Mon joueur le moins cher me coûte 45 € par mois. C'est un jeune du club. Par contre, mon joueur le plus cher gagne une prime de 700€ par mois".

3) Quels types de primes ? Chaque cas est personnel, mais souvent un joueur gagne un fixe qui varie selon son niveau. Ensuite, plus on monte dans les divisions, plus les primes peuvent s'accumuler. Outre le fixe, il y a la prime de match, de victoire, de match nul, de déplacement. Autant de primes qui font gonfler la rémunération en fin de mois pour le joueur. Des sommes d'argent qui peuvent s'élever jusqu'à plus de 1500€ par mois pour "une vedette locale" de première provinciale. Un argent noir qui n'est pas déclaré et qui va à l'encontre de la loi belge.

Pourtant une circulaire existe depuis 1999 relative aux indemnités obtenues dans le cadre d'acticités bénévoles. D'après cette directive, un joueur ne peut pas gagner plus de 991, 57 € par an ou 15€ du match. Dans le cas contraire, ces revenus sont imposables. "On connaît l'existence de cet argent noir dans le football, mais les clubs détournent souvent ce règlement en s'arrangeant très subtilement pour contourner cette loi. Mais si un jour, une personne veut creuser pour faire tomber cette économie parallèle, il pourrait y avoir des dégâts", confie un employé du ministère des Finances au service des impôts.

Et pour contourner cette loi, les clubs dissimulent les différentes primes par le remboursement des frais de déplacements. On invente plusieurs entraînements par semaine. Cette méthode permet de gonfler les kilomètres et d'ainsi faire passer les rémunérations comme simple remboursement de frais de déplacement.

4) Quel avenir ? "Je me demande où cette ascension des prix va s'achever ?". Cette réflexion est de plus en plus courante de la part des dirigeants des clubs amateurs de notre pays. Même si l'argent a toujours existé à ce niveau, il devient incontournable depuis deux décennies. Un club qui se veut ambitieux doit se renforcer pour espérer grimper les échelons. Et pour cela, il doit attirer des joueurs d'un niveau supérieur. De plus en plus de joueurs profitent de ce système pour se vendre et faire monter les enchères. Ils ne pensent qu'à l'argent et pas un seul instant au sport. Comme le joueur a tous les pouvoirs, il peut choisir l'offre la plus alléchante.

Et même si les clubs sont prisonniers de ce système, il apparaît que les dirigeants des clubs sont finalement eux aussi responsables de ces abus en jouant ce jeu de la surenchère. Mais tant qu'il y aura des clubs assez "fous" pour payer des joueurs de première provinciale à hauteur de 1 500€ par mois, la surenchère n'est près de s'arrêter.