Un commentaire de Jean-Claude Matgen. 

J’ai revu ce matin les images des buts du match amical Russie-Belgique, disputé mardi soir, à Sotchi. En redécouvrant celles du 2ème but russe (qui amène le 2-3 au marquoir), je n’ai pu m’empêcher de penser à un copain de classe à l’école primaire.

Ce gamin était sans doute, comme Alain Juppé le fut chez les gaullistes français, le meilleur d’entre nous mais il souffrait d’un cruel manque de concentration. Lorsque nous étions soumis à une dictée de 30 lignes, vous pouviez être sûr qu’il ne commettrait aucune faute dans les 25 premières mais l’instit en découvrait facilement trois ou quatre dans les 5 dernières.

A un moment donné, l’esprit de mon camarade s’évadait par la fenêtre de la classe et son travail s’en trouvait bâclé.

Avec Moussala Dembélé, c’est la même chose. Voilà un joueur talenteux, sans doute le meilleur manieur de ballon des Diables, peut-être encore plus doué dans cet exercice qu’Eden Hazard mais dont l’esprit, à un moment ou à un autre de la rencontre, se met à battre la campagne.

Comment expliquer autrement le fait qu’en cette 74e minute, il se soit mis à penser à autre chose qu’à jouer au football, s’arrêtant en plein rond central, se mettant soudain à bayer aux corneilles. Cela n’aurait pas prêté à conséquence s’il n’avait eu le ballon dans les pieds. Son moment de rêverie fut mis à profit par un Russe pour lui piquer le cuir et trois secondes plus tard, c’était but.

Je me souviens que certains journalistes (flamands surtout) reprochaient à Daniel Van Buyten, formidable défenseur s’il en fut, de commettre une grosse bourde, souvent fatale, par match. Avec Dembélé, c’est pareil et pourtant ce n’est pas la même chose. Chez Van Buyten, on pouvait parler de maladresse, chez le Diable rouge de Tottenham, c’est de nonchalance qu’il s’agit.

Pourtant, on le croyait débarrassé de ce travers. Samedi, contre la Grèce, c’est sa montée au jeu qui a donné un peu de liant aux attaques belges, qui a remis l’équipe dans le bon sens et il n’est sans doute pas étranger au fait que les Diables aient fini par égaliser. Mardi, à Sotchi, il fut quasi souverain mais, hélas, il n’a pu échapper à son péché mignon.

C’est sans doute à des détails comme ceux-là qu’on établit la différence entre les très bons joueurs et les vraies stars du ballon rond, performantes et tout à leur ouvrage nonante minutes durant.