Il est temps d'assumer publiquement : oui, les Belges ont toujours le seum.


Il y a 365 jours d'ici tout rond, le pays bouillonnait. Au rythme d'un Mondial 2018 entré dans la postérité pour les Belges.

Le contexte est à la fête : revenus d'entre les morts de manière aussi improbable qu'inespérée (chanceuse, même) face au Japon, les Diables Rouges viennent d'écrire la plus belle page de leur histoire, quatre jours plus tôt, en sortant le grand Brésil. Une mi-temps tactiquement parfaite (Lukaku presque ailier à l'entame du choc, personne ne l'avait vu venir dans le staff brésilien), une autre plus laborieuse mais pas moins courageuse et où le verrou a tenu : voici les Belges, propulsés par un Hazard de classe mondiale, en demi-finale de la Coupe du Monde.

Et maintenant, au tour de nos chers voisins français, se dit le Royaume, qui assume désormais tout haut son désir de rêver grand... Après tout, en 2015, en amical, les Diables avaient bien fouetté les Bleus chez eux...

Le déroulé des événements de ce qui suit est encore parfaitement ancré dans nos mémoires. Martinez couche le quatuor défensif Chadli (Meunier est suspendu)-Alderweireld-Kompany-Vertonghen. Plus haut, il les couvre d'un trio axial plutôt prudent (Wistel-Dembélé-Fellaini). La carte joker jouée par le tacticien espagnol en titularisant Mousa Dembélé, peut-être le Diable le plus efficace en matière de conservation de la gonfle, trahit un objectif clairement affiché : ces Diables veulent le ballon. Ils l'auront : 64% de possession au terme de 96 minutes. 96 minutes au terme desquelles ni Hazard (qui a pourtant dégonflé la bulle Pavard à lui tout seul), ni De Bruyne, ni Lukaku, n'ont pu trouver la clé du coffre.

En face, les Bleus abandonnent le ballon, mais se montrent d'un réalisme à toute épreuve. Surtout après que le bout de crâne d'Umtiti, à la 51ème, ne vienne conclure un corner parfaitement brossé de Griezmann. 1-0. Courtois est battu. 45 minutes plus tard, la Belgique est battue. Un an plus tard, la Belgique est encore abattue.

Seum-mania

Il y eut aussi l'emballement médiatique. La rivalité entre les deux nations (qui fait carrément l'objet d'une page Wikipédia) provoque, sur les réseaux sociaux, un embrasement matérialisé sous quatre lettres : SEUM. La locution argotique signifie que les Belges sont déçus, amers, dégoûtés, qu'ils "ragent". Les Français s'en donnent à coeur joie, dans le camp du "on a été réalistes, on s'est battus, on a joué en champions". Les Belges, noyés dans leur chagrin, parlent de "refus de jeu, de manque de fair-play" (notamment sur cette conservation, en toute fin de match, de Mbappé).

Thibaut Courtois sera érigé en symbole de cette seum-mania, avec des déclarations d'après-match qui n'ont jamais fait que retranscrire les pensées à chaud d'un pro éliminé en demi du plus grand tournoi du monde et de l'histoire de son pays. "C'est dommage pour le foot que la Belgique n'ait pas gagné, lâche-t-il face à des confrères français. On perd contre une équipe qui n'est pas meilleure que nous. On a perdu contre une équipe qui joue à rien, qui défend". Eden Hazard aura choisi une autre approche : "Je préfère perdre avec cette Belgique que gagner avec cette France".

© TWITTER

Un an plus tard, les Français ne se privent pas de nous remémorer l'anniversaire de notre seum.

Que les Belges n'ont pas manqué de retourner à leurs meilleurs voisins, lors de l'élimination des Bleues au mondial féminin contre les USA il y a douze jours...

Le sentiment qui domine est double : pour les uns, c'est la beauté du parcours, les moments magiques qui nous ont fait vibrer, la fête incroyable à la Grand-Place au retour des Diables qui restent en mémoire. Pour les autres, il y a tout cela, mais aussi le regret, tenace, de ne pas avoir été chercher cette Coupe. Alors que les Diables ne seront peut-être plus jamais aussi proches. Peut-être plus jamais aussi forts.

Il est peut-être temps de faire le deuil de ce match, et surtout de tout ce dont il nous a privés. Temps d'assumer que le romantisme dont ont fait montre les Diables, on l'aurait volontiers troqué contre un but dégueulasse du genou de Fellaini suivi de 40 minutes de refus de jeu. Temps d'assumer que si Roberto Martinez, qui a largement été l'homme de la situation durant le Mondial 2018, n'a pas pu trouver la parade tactique face aux Bleus (et Griezmann et Giroud qui venaient chasser très bas, empêchant notre milieu de proprement relancer). Temps d'accepter que la Belgique a été moins solide et même moins dangereuse que les Bleus lors de cette demi-finale.

Alors oui, persistent sans doute quelques stigmates du seum. Parce qu'il y a une chose dont ne nous doutons pas une seconde : si la Belgique avait été chercher cette Coupe du Monde, en terme de fête et d'union nationale, on aurait fait... largement mieux que les Français.