Je viens probablement de vivre la petite demi-heure la plus stressante de ma carrière. Je nous voyais tous rassemblés dans une même salle dans l'attente du verdict. J'imaginais ce qui devait se passer dans la tête de mes collègues. Moi aussi, je l'avoue, j'ai croisé les doigts. J'étais très nerveux. Mais cela valait le coup d'être tendu..."

Revêtu de sa belle parure orange fluo, Frank De Bleeckere pose, fier, pour la postérité, entouré de Peter Hermans et d'Alex Verstraeten, ses deux assistants. Il est radieux.

A la fin de la séance, il enlacera Massimo Busacca et Roberto Rosetti, les deux autres élus. La Commission des arbitres de l'Uefa vient de le désigner pour diriger la seconde demi-finale, entre l'Espagne et la Russie - qu'il dirigera donc pour la seconde fois dans ce tournoi.

La même question, étonnante a priori, fuse dans toutes les langues. Sa réponse ne varie pas, même lorsqu'il s'adresse à une chaîne... indonésienne : "Non, je ne suis pas déçu de ne pas arbitrer la finale. Je suis hyperheureux, au contraire. Je n'avais pas tiré de plan sur la comète; mais à l'aube de ce tournoi, je nourrissais une ambition secrète : diriger trois rencontres, soit une de plus que le programme qui allait nous être proposé. Trois matches... mais peu importait lesquels. J'hérite d'une belle demi-finale. Je le répète : je suis ravi. C'est magnifique."

Aucune once de déception ne perce, effectivement, dans ses propos. Aucun voile ne ternit un regard lumineux. "Je considère ma désignation à la fois comme une confirmation de mes prestations lors du dernier Mondial mais aussi comme une promotion. En 2006, en Allemagne, je m'étais retiré après le quart de finale ayant opposé l'Italie à l'Ukraine. Mais c'était un Mondial. Cette fois, je suis désigné pour une demi-finale mais d'un Championnat d'Europe : il est difficile pour moi de déterminer la priorité entre ces deux distinctions."

Frank De Bleeckere et ses assistants s'envoleront pour Vienne ce mercredi. Il consacrera son temps libre à la relaxation : "Je sais tout des deux équipes. J'ai décortiqué leur tactique. C'est important pour mon déplacement et pour mes déplacements en cours de match. Comme d'habitude, au coup d'envoi, j'aurai oublié les noms des joueurs : ils ne seront plus, pour moi, que des numéros."

Frank De Bleeckere se déclare, bien sûr, satisfait de son tournoi : "J'ai réussi mon premier match, entre l'Allemagne et la Croatie. J'avais accompli le plus difficile : j'avais déposé ma carte de visite. Il me restait à confirmer dans le deuxième, Suède - Russie. Je l'ai fait. En sifflant une demi-finale d'un Euro , j'ai atteint le point culminant de ma carrière."