Un jeune Italien audacieux chasse l’autre. Après Jannik Sinner en 2020, c’est Lorenzo Musetti qui sort David Goffin au premier tour de Roland-Garros (6-0, 7-5, 7-6). L’Italien de 19 ans, 76e joueur mondial, était un piège, le Liégeois le savait parfaitement mais entre savoir et pouvoir faire quelque chose pour ne pas s’y prendre les pieds, il y avait un immense obstacle. "J’avais toutes les clés mais je commence très mal, je suis crispé. Et d’un coup les doutes arrivent, je me sens mal mais petit à petit je m’accroche… Au troisième set, je lâche plus mes coups, je reviens et c’est un vrai match qui commence mais je m’y suis mis trop tard. Je n’ai pas saisi mes opportunités non plus."

Après un premier set cauchemardesque, le 13e joueur mondial avait en effet redressé la barre en prenant plus l’initiative à l’échange, en jouant de manière plus agressive. Il a, tout au long des deux derniers sets, eu la réaction digne de son rang et les bonnes intentions mais on ne rattrape pas sur un match à enjeu toutes les peines des semaines passées. Si Goffin a régulièrement craqué à l’exécution, c’est parce qu’il n’a pas accumulé la confiance nécessaire tout au long de cette saison sur terre battue afin de sortir le bon coup au bon moment sous pression. La démonstration malheureusement parfaite a été ce coup droit décroisé qui lui a totalement échappé à 5-4 balle de set. C’était peut-être un tournant de ce match. "J’ai tellement de doutes dans ma tête, je réfléchis trop, j’analyse trop chaque coup au lieu de simplement jouer, d’avancer et de me lâcher. J’étais tendu mais je suis tendu à chaque match, ça fait 20 ans que je suis tendu ! Mais normalement ça dure quelques jeux seulement, sauf que là je n’arrive pas du tout à me mettre dedans. C’est vraiment difficile."

On ne peut pas reprocher à Goffin de ne pas avoir essayé. Il a sauvé deux balles de 5-2 dans la dernière manche avant de recoller à 5-5. Il a tout tenté dans le jeu. Mais à chaque fois qu’il a fallu en mettre un peu plus, avoir le petit bonus de réussite qu’on provoque, serrer un peu le jeu au début du jeu décisif quand Musetti commence à se tendre, Goffin ne l’avait pas en stock. Il n’a pas non plus été aidé par le style de jeu de l’Italien avec ce gros lift et ces balles hautes qui viennent gicler au-dessus de l’épaule et cassent le timing. Le Goffin des grandes heures aurait réussi à en mettre un peu plus dans l’intensité pour user l’insolent mais celui de lundi donnait l’impression de manquer une vitesse.

Entre un jeune joueur tout feu tout flamme qui peut jouer sans pression et qui découvre tout du circuit, et un joueur d’expérience qui connaît la valeur de chaque point perdu et qui chasse sa confiance passée, le match a tourné pour celui qui avait la tête la plus légère. Battu d’entrée à Melbourne par Alexei Popyrin, sorti de manière trop précoce à Paris, Goffin risque de repartir encore avec beaucoup trop de doutes en tête. Le pire étant qu’il n’est pas forcément si loin. Mais en ne parvenant pas, depuis le titre de Montpellier, à faire tourner ces matchs qui permettent des sauts de géant dans la confiance et le jeu, David Goffin se retrouve enfermé dans une crise qui commence à durer trop longtemps dans les tournois majeurs. "Je ne peux pas mieux m’entraîner que ce je fais en ce moment… Il faut réussir à enclencher la vitesse plus vite, à ne pas être déstabilisé en étant en panique pendant un set." Pas facile de sortir la tête du sable.