LA LOUVIÈRE La rumeur - vite vérifiée sur la feuille de match - avait fait son chemin dans la journée de samedi: Albert Cartier alignerait une équipe espoirs contre le leader du championnat. Toute la semaine, l'entraîneur avait caché son jeu en se jouant intelligemment de notre vigilance. C'est de bonne guerre. Pourtant, les questions et les critiques fusèrent en coulisses: les Louviérois ne faussaient-ils pas la course au titre et n'ont-ils pas pris les spectateurs pour des cochons payeurs puisque les prix n'avaient pas été rabotés pour voir à l'oeuvre une équipe - a priori - plus faible. Qu'est-ce qui motivait cette option, inédite dans notre championnat? Comme à sa bonne habitude, Albert Cartier ne se répandit pas en déclarations fracassantes: «Par rapport au contexte général de la saison et aux objectifs fixés - le maintien, la pérennité financière du club et l'introduction des jeunes -, j'ai aligné l'équipe qui me semblait la plus apte à remplir ces conditions. Pour les jeunes, c'était une formidable opportunité à saisir.» Il ajouta, dimanche matin, les explications quant à cet emploi massif de main d'oeuvre juvénile, tout en confirmant les propos de la veille: la décision émanait uniquement de lui, même s'il a demandé l'aval du président. «Filippo Gaone m'a suivi dans ma logique et je l'en remercie. Honnêtement, j'estime qu'il était plus intéressant de lancer nos jeunes dans un tel match, avec un public acquis à leur cause, que dans un déplacement à Saint-Trond par exemple. Pourquoi les ai-je mis tous ensemble plutôt que de les introduire à dose homéopathi- que? Parce qu'ils avaient ainsi leurs repères, le même langage, etc. Dans les sept derniers matchs, ils auront toutefois l'occasion de prouver leur valeur dans d'autres circonstances.»

Il ne serait donc pas étonnant, juste pour l'exemple, de voir une charnière centrale Durieux-Toyes d'ici la fin mai, pour apprécier le niveau potentiel de Quentin chapeauté par un guide expérimenté.

Le langage... cru du président Gaone expliquait cependant, d'une manière différente, le choix effectué. «On s'est foutu de notre g... avec les changements de date. On ne voulait pas jouer ces deux rencontres à quatre jours d'intervalle. Mais, en même temps, c'était une suite logique de notre championnat, l'occasion d'évaluer le noyau pour l'an prochain, notamment au niveau de Michaël Cordier. N'oubliez pas que nous devons préparer l'avenir.» Bref, des représailles contre les décisions trop souvent à l'avantage des grands clubs, à tous les niveaux. Mais pas seulement. Par contre, personne n'évoquait la préparation du match de mercredi, contre le même adversaire, pour justifier ce choix. On ne pouvait toutefois s'empêcher de se souvenir des propos tenus après la défaite au Standard (NdlR: à une date imposée qui ne leur convenait pas et à la suite d'un match controversé au niveau arbitral): «Il ne sert à rien de jouer contre les grands clubs, c'est perdu d'avance.» Toujours est-il que le choix était effectué. Était-ce scandaleux ? Devait-on crier au fou ou au coup de génie ? Aucun des deux en réalité. Sur le terrain, les Loups ont joué le jeu, vendant chèrement une peau âgée, au coup d'envoi, de moins de 20 ans de mo- yenne. Sans doute perturbés par ce qu'ils estimaient, dans un premier temps, être un poisson d'avril en retard, les Blauw en Zwart sont apparus frileux, empruntés et sans imagination. À l'image de Balaban, de Blondel et de Victor... tout simplement inconsistants. De leur côté, les Louveteaux faisaient preuve d'un culot énorme et d'une volonté jamais prise en défaut. À certains moments, c'était même les hommes de Sollied qui partaient en contre-attaque. Tout un symbole. Les Brugeois durent attendre l'heure de jeu pour trouver la faille lorsque Verheyen reprit victorieusement un centre ten- du de Van Der Heyden. Quinze minutes plus tard, Djebbour passait tout près d'une superbe égalisation en ponctuant d'une reprise acrobatique, à côté, un mouvement amené de maîtresse façon par Maton et Brahami. Ce dernier se fit injustement exclure, pour un tacle sur Blondel, par ailleurs averti et absent contre le Standard, et Bruges doublait la mise, par le même Verheyen qui a dû prendre un sacré coup de... vieux hier soir. Les Brugeois ont rempli leur objectif: ramener trois unités du Tivoli, et restent les grands favoris dans la course au titre. Mercredi, en Coupe, ils joueront une tout autre rencontre.

la pelouse la tête haute après le match contre Bruges. (PHOTO NEWS)

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