Frameries. Le point névralgique n’aura jamais bougé. Malgré les années, malgré les trajets, malgré la furie des derniers jours, Massimo Bruno revient régulièrement dans son décor hennuyer sur lequel le temps passe sans rien déformer. "Massimo aime bien revenir à la maison", nous confiait son père. "Jusqu’ici, il habitait chez la mère d’Oleg Iachtchouk, qui s’occupait des jeunes Anderlechtois, mais d’ici quelques jours, il aura son propre appartement à Bruxelles. Il a déjà reçu les clefs."

La clef du succès, elle, lui sera tombée dans les mains en deux petites journées. Une entrée fracassante en Ligue des champions face à Limassol, une mi-temps saluée d’un but contre Genk et le nom de Bruno pouvait quitter les bottins téléphoniques pour faire une entrée prudente dans la postérité. "Je lui ai dit que demain était un autre jour. Mais je sais en tant que père que je n’ai pas à m’en faire. Massimo est quelqu’un de foncièrement humble. Je dirais même qu’il a une furieuse tendance à se sous-estimer. Je me souviendrai toujours des matchs où il rentrait à la maison en disant que tel ou tel jeune était meilleur que lui."

Les catégories d’âge, le jeune Bruno les aura pourtant survolées. A Mons d’abord, à Charleroi ensuite. Au-dessus du lot en dépit de quelques problèmes de croissance auxquels son jeune frère de 12 ans se trouve aujourd’hui confronté, Massimo convainc tous ses entraîneurs sans que les dirigeants ne semblent forcément bouger : "A Mons, ils ont fait comme si tout cela allait de soi. Personne n’avait jamais songé à lui proposer un contrat." Dans l’intervalle, le jeune Massimo passe donc quelques tests à Anderlecht sans que ceux-ci s’avèrent alors concluants. "Il avait un problème au talon et courait bizarrement. Ce qui s’est passé est tout à fait logique. Personne n’a commis d’erreur d’appréciation."

Les problèmes physiques écartés, Massimo Bruno débarque alors à Charleroi où la drague menée par Raymond Mommens finit par séduire un père extrêmement réticent à l’idée de voir les vautours en tout genre se ruer sur son fils comme sur une proie. "J’ai toujours su arranger mes horaires en fonction de mon fils. Mon métier me le permettait. Je n’avais rien contre les managers mais je voulais que Massimo soit dans les meilleures dispositions pour décider de qui s’occuperait de lui. Quand Raymond Mommens est venu, je connaissais suffisamment les qualités de la personne pour avoir confiance en son projet. Dans un premier temps, tout était parfait à Charleroi. Jusqu’au moment où Mogi Bayat et Raymond Mommens ont sauté parce que le président venait de péter un câble. Massimo a joué soixante minutes en D1 avec Charleroi mais il avait la peur au ventre. Il n’y avait plus aucun avenir là-bas."

L’ironie du sort aimant pointer le bout de son nez, Mogi Bayat gère désormais la carrière d’un Massimo dont le staff sportif de Charleroi avait trop souvent oublié de lui parler.

A 16 ans, Bruno semble coincé. Comme une respiration, l’équipe nationale des moins de 18 ans le sauve alors de la ménagerie carolo et de ses guêpiers. Bruno s’y montre sous son meilleur jour et les rapports de scouting anderlechtois s’entassent avec autant de compliments à la clef. Sa future destination est alors connue. Dans l’intervalle, des clubs étrangers s’étaient pourtant bousculés mais dans la famille Bruno, l’équilibre s’entretient comme un souvenir du passé. En ayant commencé à travailler à 14 ans et passé plus de vingts ans dans un four, le père Bruno ne connaît pas la folie des excès. "J’aimerais bien accompagner mon fils et Anderlecht à Milan mais je vais d’abord regarder le prix des billets d’avion." La mère, secrétaire, continue elle aussi à travailler. La vie n’a presque pas changé