Bologne, Stadio Renato Dall'Ara, 26 juin 1990. La Belgique tient tête à l'Angleterre dans les huitièmes de finale du Mondial italien. Les Diables méritent la qualification, mais aucune des deux équipes n'a marqué. On joue la dernière minute des prolongations, et la loterie des tirs au but va très certainement désigner le quart de finaliste.

C'est sans compter sur David Platt, bourreau des rêves noir-jaune-rouge, pour l'une des plus grandes désillusions du football belge.

Lokeren, Daknam, 16 novembre 2005. La qualification pour l'Euro 2006 ne peut plus échapper aux Espoirs belges. A la 64e, les Ukrainiens doivent inscrire 3 buts pour éliminer nos Diablotins. A la 93e, Milevski crucifie les nôtres: 1-3.

Le point commun entre ces deux déboires? Un même homme, assis sur le «petit banc». Au Mondiale 90, Jean-François de Sart, joueur, faisait partie de la sélection de Guy Thys. Mercredi, le Liégeois coachait son 52e match à la tête de nos Espoirs... «C'est vrai, ce fut le même scénario catastrophe», commentait hier l'ancien libero d'Anderlecht. «On peut essayer de trouver des explications, les causes de notre échec, mais cela ne sert à rien: une levée se termine, une nouvelle équipe va se mettre en place. Et l'Euro 2006 se disputera sans nous...»

Dommage, mille fois dommage, car, en cas de qualification face aux Ukrainiens, nos Diablotins avaient une belle carte à jouer en phase finale: ils auraient été les seuls, avec le Danemark, à ne pas devoir composer avec le Mondial 2006. De Sart aurait donc pu sélectionner les Diables Kompany, Vanden Borre et Van Damme. «Tirons les leçons de ces éliminatoires, qui resteront positifs... sauf dans leurs vingt dernières minutes, continue le sélectionneur. Nous avons eu la maîtrise de tous nos matches, sauf ces derniers instants contre l'Ukraine. On s'est emballé, on s'est énervé en voulant tout faire mais en ne faisant rien. Alors, on a perdu notre organisation. Je sais que l'on va retenir ces minutes malheureuses, mais n'oublions pas que gagner notre groupe était déjà un exploit. Nous avons éliminé l'Espagne, et notre dauphin, la Serbie-et-Monténégro, tenante du titre, a battu deux fois la Croatie pour se qualifier en phase finale, preuve de qualité.»

Quels contours prendra désormais la carrière de Jean-François de Sart, sous contrat jusqu'en juin 2006 avec la fédération? Cité parmi les candidats potentiels à la succession d'Aimé Anthuenis, le Liégeois n'a jamais caché qu'il se sentait bien dans ses baskets de sélectionneur espoirs. «Je ne désire plus faire de commentaires sur mon avenir», glissa-t-il, hier, en pleine digestion, difficile, de l'échec de ses joueurs.

Mais en sachant que, dans cet ingrat métier d'entraîneur, les pertes de mémoire sont fréquentes. Pendant dix-huit mois, Jean-François de Sart a mis sur pied un noyau compétitif et enthousiaste, une équipe qui a toujours joué pour gagner. Qui s'en souviendra au moment du décompte final...

© Les Sports 2005