L’idée n’entrait guère dans ses plans. Mais sans le vouloir, Marc Wilmots aura sans doute fait virer les Diables vers un modèle allemand. Car alors que Kevin De Bruyne ne rêve plus que d’une parole libératrice ou d’un regard approbateur de José Mourinho pour repartir gambader une année sur les terrains de Bundesliga, l’Allemagne semble bel et bien devenir pour les Belges une nouvelle terre d’attrait.

En vrac, Daniel Van Buyten devrait ainsi prolonger son aventure bavaroise d’une saison, Timmy Simons continuera de couler des joueurs heureux sur les terrains cabossés de Nuremberg tandis que Dries Mertens, Nacer Chadli ou Pelé Mboyo pourraient rapidement succomber aux sirènes germaniques. Une question d’argent ? Pas seulement. De public ? L’ atout semble insuffisant.

Jugé "rondouillard", vieillissant, entre le blême et le blanc voilà encore quelques années, le championnat allemand semble en effet en passe de retrouver un air de Belgitude pour des raisons multiples et variées.

Une affaire de correction

"Avant de partir en sélection, j’ai rencontré les dirigeants", expliquait hier Daniel Van Buyten. "Là, ils m’ont montré un message vidéo que notre futur entraîneur Pep Guardiola m’avait laissé. Il disait qu’il aurait besoin du Van Buyten qu’il avait vu cette saison et qu’il aimerait que je reste. Les dirigeants ont ajouté qu’ils ne voyaient pas de différence chez moi malgré les années qui passaient. Cela m’a beaucoup touché."

Secoué jusqu’aux tripes par ce geste, Daniel Van Buyten aurait pu épiloguer des heures durant sur la correction des Allemands. Pas un jour de retard dans le paiement des salaires. Pas de coups tordus dans les contrats. Pas d’arrangement tortueux pour zigzaguer entre les zones d’ombre ou les transferts douteux. En Allemagne, la transparence fait la loi. Pas question pour un agent de "vendre" un joueur sans mandat signé. Le fait d’avoir donné les clefs des clubs à d’anciens joueurs aura permis d’éloigner les purs affairistes des terrains. En Allemagne, la correction n’est pas une qualité. Elle constitue bien davantage un mode de penser. Conscients d’avoir fait une erreur dans leur communication, les dirigeants du Bayer Leverkusen (prétendant voilà quelques jours posséder un accord avec Chelsea quant au prêt de De Bruyne) se seront d’ailleurs empressés de faire amende honorable auprès du joueur et de son entourage. Teneur des propos : "Mille excuses de vous avoir mis dans l’embarras". Pas sûr que les dirigeants parisiens se seraient encombrés d’un tel sentiment de culpabilité.

Une affaire de réseaux

On ne franchit pas le Rubicon sans passeur. Le Rhin ou le Danube non plus. Qu’on le veuille ou non, la nouvelle dilection des Belges pour le championnat allemand s’explique aussi par le rôle des agents. Trois d’entre eux, Patrick De Koster, Didier Frenay et Christophe Henrotay apparaissent aujourd’hui capables de forcer les portes de la plupart des grands. Le premier en utilisant son "As", Kevin De Bruyne, le second en jouant sur d’autres cartes lancées avec plus ou moins de succès (Perisic à Dortmund, Akpala à Brême, Casteels à Hoffenheim), le troisième en tablant si besoin sur "Big Dan". En comparaison avec l’Italie (où seul Mogi Bayat semble pour l’heure tirer son épingle du jeu), les agents belges apparaissent aujourd’hui mieux implantés et plus courtisés outre-Rhin. Avec des transferts à la clef.

Une affaire de conjoncture

D’abord les joueurs parlent entre eux. Sans publicité mensongère, Kevin De Bruyne aura ainsi fait comprendre à tous ses équipiers que "l’Allemagne, c’est le pied." Une idée qui aura travaillé les esprits, en commençant sans doute par ceux de Dries Mertens et ceux de Nacer Chadli. Ensuite, les joueurs regardent. Et à cet égard, le développement physique de l’ancien Genkois les aura forcément frappés : "Je parcours en moyenne 11,9 kilomètres par match ?", souriait hier De Bruyne. "J’ai lu cela et cela m’a surpris. J’ai fait beaucoup de progrès au niveau physique. Moi, je me donne jusqu’au moment où je suis mort. Mais il y avait des matches où je n’étais même pas fatigué après nonante minutes "

Le cas De Bruyne relève somme toute de la simple conjoncture. Tout comme le règne du football allemand (Bayern, Dortmund) sur la carte européenne in fine.

Mais il n’en faut pas forcément plus pour convaincre les joueurs de s’y installer