ENTRETIEN

Le Great Old est toujours bien vivant, merci pour lui. Fondé en 1880, le matricule n°1 souffre cependant afin de se maintenir dans l'élite nationale. Dans ce cadre, le club a déjà limogé deux entraîneurs (René Desaeyere et Roy Perazic) depuis le début des hostilités, avant d'engager lors de la trêve hivernale Marc Grosjean, premier Wallon à coacher l'équipe à l'ombre du Bosuil. « Qu'il soit francophone ou néerlandophone, peu importe. Nous l'avons choisi pour ses qualités et sa connaissance de notre compétition. Et à ceux qui mélangent sport et politique, je dirai que Marc Grosjean, qui se débrouille très bien en néerlandais au niveau du jargon footballistique, sera un Rouge et Blanc (couleurs du club anversois, NdlR) face au Vlaams Blok, tout simplement!» nous lance Eddy Wauters, le bouillant président de l'Antwerp.

Celui-ci sait cependant pertinemment bien que, malgré les qualités intrinsèques de l'entraîneur liégeois, son club reste dans une position très délicate. «Nous avons une politique d'assainissement, et ne pouvons nous permettre de réaliser de gros transferts pour l'instant», nous commente-t-il, alors que l'Antwerp fut particulièrement calme lors du mercato d'hiver. « Nous avons juste engagé le gardien slovène Dejan Nemec, qui évoluait à Bruges l'an dernier. Mais juste après avoir signé, ce fils unique s'est rendu au chevet de son père, aux soins intensifs dans son pays suite à une crise cardiaque. Si la situation dure encore quelques semaines, nous serons à nouveau obligés d'engager un autre gardien (...) Les négociations sont également toujours en cours avec quelques jeunes joueurs de Manchester United. Mais ceux-ci se sentent tellement proches d'une sélection en Premier League qu'ils ne sont pas très chauds à l'idée de venir rejoindre un club luttant pour le maintien en Belgique», poursuit-il, assez fataliste.

Il est vrai que les éléments se liguent contre le club qu'il porte à bout de bras depuis plus de deux décennies. «Vu que nous sommes un club formé avec un patrimoine privé, nous ne recevons pas de subsides. Ni de la ville, ni de la province, ni de la Communauté flamande, ni de l'UEFA. Et l'Union belge, qui a pourtant profité de nos infrastructures jusque dans les années 70 en organisant durant 50 ans les fameux derbies Belgique-Hollande, nous a aussi laissé tomber, en ne nous aidant pas à l'entretien onéreux d'un stade que nous avons pourtant agrandi notamment à leur demande! Dans ce cadre, j'estime qu'il y a une grande discrimination dans le football belge. Nos principaux adversaires (Charleroi et Mons) sont soutenus énormément par leur commune, tandis qu'Heusden-Zolder est subsidié par... Genk! A Bruxelles, les deux clubs principaux ont un subside régional d'un million d'euros, ce qui représente un quart de notre budget. Dans ces conditions, c'est de plus en plus dur de rivaliser...»

Mais Eddy Wauters ne veut pas entendre parler pour autant de changements de formule de championnat. «Pourquoi les clubs qui ont effectué des efforts pendant des décennies devraient-ils perdre leur cachet parce que les cinq meilleurs clubs de Belgique veulent augmenter leurs revenus, principalement en droits télévisés? Le G 5 veut que l'on disparaisse, alors que nous voulons de notre côté rendre le championnat plus vivant...»

Dans ce cadre, prendre un point face à l'ogre anderlechtois ce dimanche serait sans doute la meilleure des réponses du Great Old...

© Les Sports 2004