BRUXELLES Il va s'en dire que l'arrêt Bosman a bouleversé le milieu du football européen. La disparition des montants de transfert pour les joueurs arrivés en fin de contrat et la suppression de la limite du nombre d'étrangers au sein d'une même équipe ne pouvaient, en effet, pas rester sans conséquences. Pour Lars-Christer Olsson, le directeur général de l'UEFA, l'arrêt Bosman a mis à mal le football européen (lire par ailleurs) mais ne peut toutefois pas être considéré comme unique responsable de tous ses problèmes.

En 1995, l'arrêt de la Cour européenne de Justice a entraîné le monde du football vers une ère nouvelle, celle du business. Une évolution logique dictée, aussi, par le développement de la société mais qui a connu une brusque accélération ces dix dernières années au point de laisser certains clubs et certaines nations dans les starting blocks.

Explosion des salaires

Les conséquences positives de l'arrêt Bosman sont bien présentes. Grands bénéficiaires, les joueurs sont passés du statut de dominé à celui de dominant. Libres dès la fin de leur contrat, ils ont la possibilité de se lier au club le plus offrant avec les conséquences que cela a entraîné au niveau des salaires. Ces derniers ont véritablement explosé en quelques mois: l'âge d'or des footballeurs a débuté!

La reconnaissance du mercato hivernal leur a également permis de changer d'employeur plus facilement en cours de saison et d'ainsi améliorer leur situation en une signature. Les transferts se sont ainsi multipliés surtout vers l'étranger où les clubs ne sont plus tenus de respecter un quota de joueurs nationaux.

Les clubs sont d'ailleurs les seconds bénéficiaires de l'arrêt Bosman. Si certains doivent - la mort dans l'âme - laisser filer leurs meilleurs éléments années après années, nombreux sont ceux qui ont aligné les bonnes affaires en recrutant des joueurs moins onéreux dans les pays de l'Est, en Afrique ou en Amérique latine avant de les revendre à prix d'or.

Les joueurs moyens ont revu leurs prétentions à la baisse

Ce n'est pas une surprise, l'arrêt Bosman a également eu de nombreuses conséquences négatives. Les victimes sont multiples... et les joueurs en font partie! Si certains (les meilleurs) ont réussi des opérations juteuses, d'autres, en revanche, ont sombré dans un parfait anonymat. Confrontés à l'arrivée massive d'éléments étrangers moins coûteux, ils ont parfois été contraints de trouver refuge dans les séries inférieures. Nombreux furent ceux qui sont restés sur le carreau, au chômage. Le niveau de l'offre dépassant largement celui de la demande, les joueurs moyens ont souvent été forcés de revoir leurs prétentions à la baisse.

Une politique à court terme

Les clubs aussi ont mal vécu ce passage à l'ère nouvelle comme en témoignent les nombreuses faillites, disparitions ou fusions enregistrées ces dernières années par le football belge. Les dépenses ont augmenté au contraire des rentrées. Les clubs ont, pour la plupart, choisi la politique du court terme au détriment de la formation, jugée trop onéreuse. Les jeunes Belges, notamment, ne reçoivent plus aussi facilement leur chance au plus haut niveau et cela se répercute sur le niveau des équipes nationales. Celui des Diables Rouges en est la parfaite illustration...

En conclusion, les paradoxes du football moderne sont nombreux depuis l'arrêt Bosman. Si la situation tend à rentrer dans l'ordre, il existe clairement un football à deux vitesses, celui des puissants et celui des autres...

© Les Sports 2005