Le football autrichien n’est pas vraiment réputé pour sa formation. Comme la Belgique, le pays doit faire face à l’exil de ses meilleurs jeunes, essentiellement pour l’Allemagne. Parfois, c’est un mal pour un bien. La preuve, avec David Alaba, amené à être, derrière Arnautovic, la nouvelle star de la sélection.

Alaba, c’est en quelque sorte le Lukaku local, mais version médian de poche. Il collectionne les records de précocité. À quinze ans, il était déjà sur le banc de l’Austria Vienne. Pas pour longtemps : il s’engagea à seize ans pour le Bayern Munich, où il est aussi entré dans l’histoire : à dix-sept ans et sept mois, il est devenu, devant Toni Kroos, le plus jeune joueur jamais aligné par l’équipe fanion du club bavarois.

Alaba détient le même record en équipe nationale. Il a fêté sa première cape, contre la France, à dix-sept ans et trois mois, alors qu’il n’avait pas encore disputé le moindre match pro ! Mais la Fédération autrichienne était pressée : le père d’Alaba est un rappeur et DJ nigérian et sa mère est une ancienne Miss Philippines. Das Team ne voulait pas le voir partir ailleurs.

En Autriche, c’est le concours d’éloges. “Alaba, c’est un diamant brut, une vraie bénédiction pour le football autrichien”, remarque Andreas Herzog, monument du ballon rond qui a entraîné Alaba en Espoirs.

Louis Van Gaal, qui a lancé Alaba au Bayern, croit beaucoup en lui. “Moi, je ne regarde pas l’âge d’un joueur : s’il est bon, je le ferai jouer. Et c’est le cas d’Alaba.”

Le Néerlandais l’avait beaucoup utilisé durant la préparation l’été dernier et il avait alors fait savoir à ses dirigeants qu’il n’avait dès lors pas besoin de… Samir Khedira. Mais la concurrence au Bayern est ce qu’elle est : en janvier, Alaba a été prêté à Hoffenheim, où il prend de l’expérience pour revenir plus costaud en Bavière en fin de saison.

C’est là toute la différence avec Lukaku : Alaba a beau être un phénomène, son éclosion a pris du temps. En équipe nationale, il est resté sur le banc pendant plus d’un an. Mais le petit prodige a fini par convaincre son sélectionneur, à l’entraînement, grâce à sa hargne à la récupération, sa vitesse d’exécution et sa vista.

“Nous sommes tous d’accord sur le talent d’Alaba. Restait à savoir s’il pouvait assumer un rôle de titulaire dans un match aussi important que celui contre la Belgique”, commente Dietmar Constantini. “Nous en avons longuement discuté ensemble hier et j’ai ma réponse. Elle est positive.”

Jusqu’alors, en équipe nationale, David Alaba n’était encore que le petit jeune. Celui qui apporte les gourdes d’eau à ses équipiers. Un porteur d’eau qui vivra ce soir le match le plus important de sa jeune carrière.

© La Libre Belgique 2011