PORTRAIT

Le football belge ne le réalisera peut-être que plus tard, mais rarement un président lui aura apporté autant que Michel D'Hooghe. Lorsque le chirurgien brugeois reprit les commandes de la plus grande fédération sportive du pays en 1987, il y trouva surtout une épaisse couche de poussière, à l'image du bâtiment vieillot de la rue Guimard qui allait faire place, quelques années plus tard, à la fameuse maison de verre que tous les Bruxellois connaissent.

Après six ans passés à la tête de la Ligue Pro, le médecin brugeois connaissait déjà parfaitement la maison. Avec l'aide de son secrétaire général, Alain Courtois, Michel D'Hooghe allait moderniser toute la fédération en quelques années, la faisant rentrer de plain-pied dans l'ère du marketing et du sponsoring, et comblant un fossé qui menaçait de devenir une béance.

Michel D'Hooghe est avant tout l'un des derniers grands humanistes du football belge. On sait que l'une de ses grandes fiertés est d'avoir créé en 1986, lors de la glorieuse campagne mexicaine des Diables Rouges, la fameuse Casa Hogar à Toluca, qui accueille les enfants de la rue. Et il n'a jamais cessé de mettre l'accent sur le rôle social du football, qu'il baptise lui-même le plus grand mouvement de jeunesse du pays.

Cet homme affable et disponible nous a toujours ménagé le temps qu'il fallait pour une interview de rentrée, à l'aube de chaque nouvelle saison. Chez lui s'il le fallait, dans sa bibliothèque où il terminait par un air de piano - un instrument qu'il manie aussi bien que son bistouri.

Son ton résolument optimiste, à tel point qu'il peut parfois passer pour de la naïveté, n'a pas toujours plu aux plus critiques de nos confrères. Il est vrai que les sujets de préoccupation n'ont pas manqué dans le football belge ces quinze dernières années, entre l'arrêt Bosman - qui se profilait depuis longtemps à l'horizon et vis-à-vis duquel on peut reprocher au monde du football d'avoir longtemps pratiqué la politique de l'autruche - la montée du hooliganisme et le recul très net de nos clubs sur la scène européenne, combiné à un endettement parfois dramatique.

Michel D'Hooghe restera dans l'histoire du football belge à de nombreux titres. C'est lui qui tira un grand trait sur l'affaire Standard en demandant à Walter Meeuws de reprendre les rênes de l'équipe nationale. C'est lui qui racheta une conduite à la Belgique, mise à l'index par l'Uefa après le drame du Heysel. C'est lui aussi qui fut l'instigateur, au prix de patientes négociations, de l'organisation de l'Euro 2000 qui, s'il ne fut pas un succès sportif pour les Diables Rouges, fut de l'avis général remarquablement orchestré.

Unitariste convaincu, Michel D'Hooghe a toujours lutté contre les tendances centrifuges du football belge. Son départ laisse-t-il augurer d'une scission qu'à terme, de nombreux observateurs estiment inéluctable? C'est possible. En tout cas, on peut s'attendre à le voir rebondir. À la présidence de l'UEFA, par exemple?

© La Libre Belgique 2001