PORTRAIT

Lorsqu'en 1996, l'équipe tchèque atteignit la finale de l'Euro, Jan Koller n'était encore qu'un illustre inconnu. Il végétait dans le noyau B du Sparta de Prague, où il ne convainquait personne.

Il faut dire qu'avec son double mètre (2,02m exactement) et ses cent kilos passés, Jan Koller faisait plutôt rire ceux qui le voyaient sur un terrain de football.

Très tôt pourtant, à l'âge de sept ans, son père mécanicien lui fait découvrir le football. A 16 ans, son entraîneur à Strakonice (D 3) ne sait pas quoi faire de ce grand échalas et décide de le placer au poste de gardien de but. Un fabuleux endroit pour observer les attaquants adverses. Peu convaincant, il sera transféré à Milevska, un échelon plus bas, où il s'impose enfin.

Mais cela ne nourrit pas son homme et le grand Jan est obligé de travailler pour gagner sa vie. Employé de banque le jour, il s'entraîne alors en soirée avec le Sparta de Prague, pour lequel il jouera en équipe réserve. Avant que, en 1997, il ne fasse partie d'un convoi de joueurs tchèques à destination de Lokeren, où débute son aventure belge.

Progressivement, Jan Koller trouve ses marques dans notre championnat: 10 buts en 97-98, 24 buts en 98-99, saison qui le voit sacré meilleur buteur du championnat. Ce qui, inévitablement, attire l'attention de clubs plus huppés, belges et étrangers. Alors que l'affaire paraissait conclue avec le Standard, le Tchèque atterrit à Anderlecht, qui, malgré certaines réticences, notamment dans le chef de Frankie Vercauteren, n'a pas hésité à consacrer 120 millions FB (3 millions euros) à l'octroi de ses services. Une somme considérable, sans doute. Un investissement rentable, certainement. Dès la saison 1999-2000, Koller inscrit 20 buts en 33 matches, sans compter les assists. De plus, sa cote sur le marché des transferts n'a fait qu'augmenter depuis. Ce mardi encore, le club anglais de Sunderland, actuel dauphin de Manchester United en Premier League, s'est dit prêt à débourser 580 millions de francs belges (14,5 millions euros). Une fois de plus, Michel Verschueren ne s'était pas trompé.

Désormais, on ne rit plus de Jan Koller. Son bagage technique s'est considérablement élargi, son abattage et son entente avec Tomasz Radzinski à la pointe de l'attaque anderlechtoise et ses exploits répétés en Ligue des Champions ou avec l'équipe nationale tchèque, en ont fait un des attaquants les plus en vue sur le Vieux Continent.

Car, depuis son éclosion en Belgique, Jan Koller a conquis une place de titulaire dans le onze tchèque et, surtout, le respect de ses compatriotes qui, auparavant, se moquaient de son allure. Jusqu'à recevoir ce beau compliment de Roger Lemerre, entraîneur des champions d'Europe français : «A cause de sa morphologie, ce joueur est incontrôlable. Que voulez-vous faire contre un joueur de plus de deux mètres qui n'est pas maladroit?»

Premier dauphin de Lorenzo Staelens l'année dernière, Jan Koller, 27 ans, mérite assurément la reconnaissance suprême du foot belge. Histoire de faire taire à jamais ceux qui n'ont pas cru en lui.

© La Libre Belgique 2001