A l'aube de ce match face à la Belgique, l'Espagne se retrouve un peu dans la peau du brillant étudiant qui, pour n'avoir pas bien fait ses devoirs durant l'année, se retrouve au bord de l'échec à l'heure du dernier examen. «C'est vrai, nous avons perdu beaucoup de points durant cette phase éliminatoire. En vérité, nous n'avons pas su «tuer» les matches. Nous les avons tous dominés mais, à l'arrivée, nous avons concédé cinq matches nuls », résume Luis Aragones.

Le sélectionneur espagnol, 67 ans, a son explication. «L'équipe nationale espagnole n'a pas un véritable esprit de compétition comme peuvent l'avoir l'Argentine, l'Allemagne ou l'Italie. Elle n'est pas assez agressive, elle hésite à mettre le pied. Lorsqu'elle a le ballon, tout va bien. Mais lorsqu'elle le perd, elle n'a pas toujours les bons réflexes.»

Pour le match de ce soir, Luis Aragones espère que la leçon sera retenue. «Je crois que ce sera une belle rencontre. Les deux équipes ont besoin de la victoire. Elles devraient donc, l'une et l'autre, jouer offensivement...»

Le sélectionneur hispanique se garde de tout excès de confiance: «J'ai beaucoup de respect pour l'équipe belge. Défensivement, elle a certes quelques lacunes. Mais elle est très mobile et rapide sur le plan offensif grâce aux frères Mpenza. C'est surtout, à mon avis, l'une des équipes qui jouent le mieux sans ballon. Le fait qu'elle puisse encore, mathématiquement, se qualifier lui donnera en outre une force supplémentaire. »

A l'instar de ses joueurs, il est persuadé pourtant que l'Espagne s'imposera. «Nous n'avons pas le choix. Si nous voulons terminer premier, ou même deuxième du groupe, nous devons l'emporter. Dans ma tête, il n'y a pas d'autre option...»

Optimiste de nature

Pour avoir roulé sa bosse dans de nombreux clubs, comme joueur d'abord, comme entraîneur ensuite (il a notamment dirigé l'Atletico Madrid, le FC Barcelone, le FC Valence et le Betis), Luis Aragones a beaucoup d'expérience. «Je suis optimiste de nature. Donc, je crois que nous allons nous qualifier. Ceci dit, il nous faudra être à 100pc, sur tous les plans. Technique, mental, tactique. Le niveau du foot mondial est devenu très équilibré. Si on n'est pas au meilleur de sa forme, très concentré, on ne gagne plus. Cette constatation est même vraie pour le Brésil. La théorie est une chose. La pratique en est une autre. Il ne sert à rien d'être les meilleurs sur le papier. Il faut l'être sur le terrain...»

Le «seleccionador» sait qu'une défaite face à la Belgique l'obligerait à démissionner de son poste et signifierait le plus grand revers de sa longue carrière. «Mais mon cas personnel n'est pas capital. Je suis blindé. L'essentiel, c'est l'Espagne. Ceci dit, c'est vrai, pour ce qu'il représente pour le football de mon pays, c'est le match le plus important de ma vie. Franchement, je n'imagine pas un Mondial sans l'Espagne. Mais je sais, malgré tout, que cela peut arriver...»

© Les Sports 2005