Le tournoi austro-suisse aurait pu annoncer un élargissement des frontières européennes avec un duel entre la Turquie et la Russie, demi-finalistes malheureux, mais quatre ans après le triomphe surprise de la Grèce, la finale viennoise marque le retour au premier plan de deux valeurs traditionnelles du football européen.

Et surtout, après le triomphe de Grecs regroupés il y a quatre ans autour de leur défense, c'est le retour de l'offensive qui est récompensé.

L'Espagne, avec ses onze buts marqués au cours de l'Euro, trouvera à qui parler face à des Allemands ayant trouvé à dix reprises le chemin des filets, dont six fois en quarts et en demi-finales.

Avec ses douze finales (Mondial et Euro), trois titres mondiaux (1954, 1974, 1990) et trois sacres continentaux (1972, 1980, 1996), la Nationalmannschaft a longtemps été une redoutable machine à gagner, avant de sombrer au tournant des années 2000 dans une grave crise, malgré une finale de Coupe du monde 2002 en trompe-l'oeil. Mais le sélectionneur Joachim Löw a su faire fructifier le travail de son prédécesseur, Jürgen Klinsmann, et la Mannschaft est redevenue cette broyeuse d'illusions pour ses adversaires. A 48 ans, Löw s'est même paré de l'aura d'un grand tacticien, avec ce pari du 4-5-1 qui a balayé le Portugal (3-2) en quarts et permis de résister à la tornade turque en demi-finales (3-2).

Le sélectionneur allemand devrait reconduire ce dispositif avec Klose seul en pointe, soutenu dans l'entre-jeu par Lukas Podolski, meilleur joueur et buteur de son équipe (3 buts avant la finale) qui, avec ses coéquipiers du Bayern Munich, Bastian Schweinsteiger et Philipp Lahm, masque les insuffisances de la Nationalmannschaft. Car tout n'est pas parfait sur la planète allemande. Le capitaine Michael Ballack n'a pas justifié son statut de star de l'équipe et est d'ailleurs incertain pour la finale (problèmes musculaires au mollet droit). Mais c'est surtout la défense, trompée déjà à six reprises, qui inquiète. Les défenseurs centraux Christoph Metzelder et Per Mertesacker n'inspirent pas la plus grande confiance et le gardien de but Jens Lehmann fait son âge, 38 ans et 232 jours dimanche, ce qui lui vaudra d'être le joueur le plus âgé à participer à une finale d'un Euro.

En face, dimanche, il y aura l'Espagne, deuxième équipe la plus jeune du tournoi (après la Russie), qui hume à nouveau le parfum des grandes soirées. Depuis son titre européen de 1964 et sa défaite en finale de l'Euro-1984 contre la France de Michel Platini, aujourd'hui président de l'UEFA, la "Roja" était frappée d'une malédiction dès qu'elle approchait le stade des quarts de finale.

La "seleccion" a cette fois bien négocié les rencontres à élimination directe, venant à bout en quarts des champions du monde italiens aux tirs au but (0-0 a.p., 4 t.a.b. à 2), avant d'écoeurer, jeudi en demi-finales, la jeune et insolente troupe russe de Guus Hiddink (3-0). L'attaquant Andrei Arshavin a d'ailleurs beaucoup appris ce soir-là. Dimanche, l'Espagne sera privée de David Villa, meilleur buteur du tournoi (4 buts). Touché aux ischio-jambiers en demi-finales, il sera remplacé dès le coup d'envoi par Cesc Fabregas, a annoncé Aragones.

Mais l'Espagne a affiché une telle sérénité et une telle maîtrise, avec un collectif mêlant jeunes loups, comme Fernando Torres, Sergio Ramos, Cesc Fabregas, et joueurs d'expérience avec Iker Casillas et Carles Puyol, que ce forfait ne semble qu'une péripétie. D'autant que l'Espagne dispose dans ses rangs d'un super-remplaçant en la personne de Daniel Güiza, l'attaquant de Majorque, meilleur buteur de la Liga cette saison (27 buts). Ses statistiques parlent pour lui: 3 apparitions lors de l'Euro-2008, 154 minutes jouées et 2 buts sur 9 tirs.

Reste à savoir comment cette nouvelle Espagne vivra ce retour sous le feu des projecteurs, que l'Allemagne semble n'avoir jamais quitté.