Avec ces playoffs, on peut se retrouver au fond du trou après un match et puis retoucher les sommets une journée plus tard. Une défaite, une victoire : tout peut très vite changer."

A peine sorti du terrain, le stratège du Standard, Nacho Gonzalez (poussé au repos forcé face à Courtrai), nous avait confié ce propos sans doute bourré de lucidité. Après quatre journées de "championnat", le jeu de chaises musicales paraît en effet être définitivement entonné même si les deux "danseurs étoiles" ramenés aux noms d’Anderlecht et du Club brugeois restent jusqu’ici épargnés.

Mais la chose pourrait bien rapidement changer. Si le Club de Bruges s’amusait dimanche à piocher les trois unités face à un Sporting dont on ne sait trop si une semaine d’antibiotiques suffira à le retaper, l’équipe de Daum empocherait (provisoirement) la première place du championnat. "Tout le monde nous dit cela", rétorquait le gardien anderlechtois, Silvio Proto. "Mais ce que je vois depuis le temps que l’on nous bassine avec ça, c’est que personne ne nous a jamais enlevé la tête du championnat. On a toujours un point d’avance et l’opportunité de nous racheter immédiatement après notre faux pas."

Mais au milieu des jeux de bascule, d’ascenseur et de marches mal cadencées, une seule chose semble se répéter avec une étonnante régularité : le niveau atteint lors des playoffs 1 n’a rien d’une plaidoirie pour le jeu léché et le football raffiné. "Ce que j’ai vu dimanche soir au Standard était purement et simplement catastrophique", confiait ainsi Olivier Doll pourtant habitué, sous sa casquette de consultant de "Voo Foot" à gober une kyrielle de matchs lors du championnat régulier.

Les raisons de ce scénario, bien séquencé mais "artistiquement" aussi pauvre qu’un thriller trop vite ficelé, ont sans doute déjà été répertoriées. Stress, fatigue, plans et résultats trop calculés ont fini par miner le spectacle que les défenseurs du système des playoffs nous promettaient.

Alors, au milieu du désert, chacun cherche des raisons de se réconforter. Perdu, tombé au hasard de la dernière journée dans des playoffs auxquels il aurait pu ne pas participer, le Racing Genk se tient ainsi comme un lot de consolation au milieu d’une tombola ratée.

"Le fait d’avoir accroché ces playoffs de justesse, je pense que cela a vraiment libéré toute l’équipe", confiait un Christian Benteke dont un avenir à Anderlecht ne relève plus ni de l’utopie ni du rêve éveillé. "Il y a quelque chose qui a changé dans le groupe. On n’était pas forcément les meilleurs amis mais désormais chacun joue libéré."

Au point que certains se mettent à rêver du titre même si les sept points qui continuent de séparer les Limbourgeois d’Anderlecht ressemblent encore à un gouffre difficile à meubler. "Step by step. Ou pas par pas, c’est comme vous voulez", nous confirmait un Jelle Vossen à l’œil amusé.

Si certains se sont précipités dans la comparaison entre ce Genk revenu du Diable Vauvert et le Standard de l’an dernier, la comparaison gagne encore en épaisseur lorsqu’il s’agit de s’intéresser au sort des joueurs. Comme les Witsel, Defour, Mangala de l’an dernier, les pontes de ce Genk-là savent pertinemment qu’ils ne resteront pas. Comme Toszer, De Bruyne a déjà validé son bon de sortie pour Chelsea tandis que Vanden Borre, Vossen voire Benteke (photo ci-dessus) ont déjà vidé leurs armoires sans tous bien savoir où l’avenir décidera de les emmener. "On parle de moi à Anderlecht ?" ajoutait Christian Benteke. "Il n’y a rien de concret mais soyez sûr que ce n’est pas la mauvaise expérience d’Anthony Vanden Borre ici qui pourrait me gêner. Mes choix de carrière, je les fais seul."

Comme un dernier verre pour la route, comme un baroud d’honneur, les joueurs de Genk ont décidé de vider leurs tripes sans calcul, sans arrière-pensée. Bouffés par la peur, Anderlecht comme le Standard pourraient sans doute s’en inspirer.