Deux rencontres du club de football du RAEC Mons (face à Dessel (0-0) et à l'Antwerp (1-0) en avril dernier) et un match amical d'Ostende face aux Albanais de Skënderbeu (0-4 en janvier dernier) figurent parmi la série de matches suspectés de corruption durant la saison 2014-2015, dévoilée mardi au Parlement européen. Les championnats du top et du subtop avec des équipes réputées en division 1, 2 et 3 italienne, allemande, belge, espagnole, grecque ou portugaise, sont notamment touchés. Des matches préliminaires d'Europa League sont également concernés. Ce sont les joueurs de Skënderbeu qui auraient tenté d'organiser la manipulation du résultat de la rencontre face à Ostende et 50 millions d'euros ont été misés sur les deux matches impliquant Mons, précise Federbet, l'agence de contrôle des flux financiers autour des paris sportifs.

Entre 2008 et 2011, Europol avait détecté 680 matches truqués. La saison 2013-2014 a, à elle seule, été entachée de 460 cas supplémentaires. De très lourds soupçons pèsent aujourd'hui sur plus de 50 matches de football européen pour la saison qui vient de s'achever.

La corruption provenant majoritairement d'Asie a migré des compétitions de haut niveau vers les championnats secondaires ou les divisions inférieures. Les championnats croate, letton, roumain, slovène, chypriote ou ukrainien sont en effet également affectés par ce fléau. Dans la compétition chypriote, "les malverstations sont tellement nombreuses que les seuls qui ne connaissent pas le résultat sont les supporters dans le stade", déplore le député socialiste européen Marc Tarabella, chargé de la Protection des consommateurs.

"Le constat de la masse d'argent pariée sur des matches des compétitions de D1, D2 et D3 européennes est interpellant", souligne-t-il. Quelque 10 millions d'euros sont ainsi pariés en moyenne par match en D2 belge, pour 50 millions d'euros pour une rencontre de Jupiler Pro League. En Angleterre, ce montant atteint 1 milliard d'euros en moyenne pour un match de Premier League.

"Les chiffres sont plus troublants encore pour les divisions inférieures, surtout lorsqu'on connaît les difficultés financières de beaucoup de clubs à ce niveau", commente M. Tarabella.

En 2012, le chiffre d'affaires annuel relatif aux paris sportifs au niveau mondial se montait à plus de 500 milliards de dollars (soit 4% du PIB européen), dont 10% seraient d'origine criminelle selon les autorités européennes.

"Le problème est de plus en plus grand et de plus en plus profond chaque semaine. Rien que sur le dernier week-end, nous avons recensé sept tentatives de trucages", constate Francisco Barranca, secrétaire général de Federbet. "Il y a même eu un match amical 'fantôme' au Portugal entre l'équipe portugaise de Freamunde et l'espagnole de Ponferradina qui n'a jamais eu lieu et qui a été disputé par 22 enfants! Plusieurs milliers d'euros ont été misés sur cette rencontre", raconte-t-il.

Des plaintes vont à présent être déposées par l'agence de contrôle devant la justice belge, mais également en Italie, en Espagne et au Portugal. L'objectif est de faire la clarté autour des matches sur lesquels pèsent de gros soupçons. "Il faut répéter que les matches truqués ou corrompus sont une minorité mais ils jettent le discrédit sur l'ensemble du football, un peu comme on le vit dans le dossier Fifa... Une équipe citée n'est pas nécessairement impliquée", nuance cependant le député européen.

Le Parlement européen a voté une série de résolutions proposant notamment l'interdiction des paris sur les matches de jeunes et des paris criminogènes (tels que qui fera la première remise en touche, de quelle manière un joueur célébrera un but ou qui sera sanctionné d'un carton jaune en premier) parce que trop faciles à perpétrer.

Marc Tarabella plaide maintenant pour que la fraude au sport soit incorporée dans les lois nationales des Etats membres de l'UE comme infraction criminelle, ce qui n'est pas le cas partout dans l'UE. Il demande également à ce que les opérateurs contactent systématiquement les ligues lors de la détection de mises toxiques. Il faut également renforcer la coopération entre les opérateurs de paris et les ligues sur le type de paris et inclure financièrement ces opérateurs dans le financement des mécanismes dédiés à lutter contre le trucage sportif.

La convention du Conseil de l'Europe de 2014 sur les matches truqués a été signée par seulement 9 Etats membres et ratifiée par... aucun.