KOBÉ Marc Wilmots, est-il plus excitant d'affronter le Brésil que la France, championne du monde en titre?

`Les deux affiches sont grisantes pour tout footballeur... normalement constitué. J'ajouterai également l'Allemagne, voire l'Argentine pour compléter le carré d'as. Le Brésil fait naturellement rêver. Par son histoire, sa tradition, sa culture du foot, le talent inné de la très grosse majorité de ses joueurs, le plaisir esthétique que génère le jeu de cette équipe. Bien sûr, cette génération-ci ne recèle pas l'éclat de ses devancières. Elle ne s'appuie pas sur un palmarès exceptionnel. L'équipe, en fait, se reconstruit. Elle n'a pas encore atteint sa pleine maturation. Personnellement, je ne l'avais pas incluse parmi mes favoris de cette Coupe du Monde. Je m'attendais à l'émergence de la France et de l'Argentine. J'ai peut-être eu tort de snober ce Brésil- ci...´

Vous avez décidé de vous retirer après ce Mondial. Avez-vous pensé que vous pourriez disputer ce soir votre septantième et dernier match comme Diable Rouge?

`Pas une seconde! Je ne refermerai le livre que lorsque l'arbitre aura modulé l'ultime coup de sifflet de ma carrière internationale. Je rappelle toujours que si j'étais parti à Schalke 04 avec une mentalité de perdant, je n'aurais pas mené la carrière qui fut la mienne. Sur un terrain, je respecte tout le monde mais je n'ai jamais abordé un match avec des jambes de flanelle. Je n'ai jamais considéré non plus que j'avais perdu d'avance et je ne me suis pas davantage arrêté de jouer pour regarder évoluer, béat d'admiration, un adversaire.´

Vous apprêtez-vous à disputer ce soir le match le plus prestigieux de votre carrière?

`Sincèrement, non. J'en ai joué beaucoup, des grands matches! Celui-ci en est un également, évidemment. Mais il ne sera pas forcément celui qui me laissera le souvenir le plus marquant.´

A quelle autre grande rencontre, précisément, pourriez-vous le comparer?

`À la finale de la Coupe de l'Uefa Schalke 04 - Inter Milan! Comme la Belgique ce soir, mon équipe de Gelsenkirchen constituait un bloc homogène et tactiquement très expérimenté. Il était opposé à une constellation de stars, à une palette de vedettes exceptionnelle. Schalke 04, pourtant, s'était imposé...´

Quelle est la clé de l'affrontement de ce soir?

`Il n'y en a pas une seule: il y en a... tout un trousseau! Les Brésiliens accusent-ils seulement une faiblesse? La grosse majorité d'entre eux évolue dans les grands championnats européens. Ils ont ainsi acquis davantage que des rudiments de l'intelligence tactique qui prévaut sur le vieux continent. Il y a Rivaldo, Ronaldo, Ronaldhino, trois joueurs d'instinct, génialement imprévisibles. Mais aussi Roberto Carlos et Cafu, dont les montées en ligne peuvent faire mal à tout moment. Logiquement, il n'y a pas photo entre le Brésil et la Belgique. Mais notre ambition, si nous devons rentrer au pays, constituera à mériter les applaudissements qui salueront notre retour.´

Que craignez-vous le plus, avant ce huitième de finale?

`L'état de la pelouse! L'herbe est touffue, drue. Elle est plus épaisse qu'un green de golf. Les articulations de mon genou et de ma cheville risquent de souffrir.´

Vous avez été élu Homme du match lors de Belgique - Russie. Vous êtes devenu, avec cinq réalisations, le meilleur buteur belge en Coupe du Monde...

`N'évoquez pas mon bilan: nous n'avons pas encore joué cette rencontre...´

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