L'équipe de France n'avait sans doute pas besoin d'humilier 4-0 mercredi soir le Portugal, puissance européenne montante, pour prendre conscience de sa valeur exacte sur l'échelle mouvante des valeurs du football. Mais elle a rappelé une nouvelle fois, grâce à une première mi-temps proche de la perfection, qu'elle faisait désormais partie des nations régnantes à un an seulement de défendre son titre de championne du monde au Japon et en Corée du Sud.

La leçon collective que les Français ont donnée à des Portugais, revanchards pendant les 45 premières minutes d'un match qui n'avait rien d'amical, fait partie de ces lignes écrites en caractères gras dans les livres d'histoire. "Je ne veux pas m'exprimer sur la question individuelle car le Portugal possède de magnifiques individualités mais collectivement la France a été plus forte", a commenté le sélectionneur Roger Lemerre dans son style sibyllin. "Je ne sais si le score de ce soir reflète la différence entre nos deux pays mais il est certain qu'aujourd'hui la France est plus forte que le Portugal. Nous préparons le prochain Mondial et nous devrions la prendre comme modèle", a admis Antonio Oliveira.

En deux phrases et trois buts dans la première demi-heure, la rencontre, présentée comme la revanche de la demi-finale de l'Euro 2000, se trouvait résumée. Si la qualification des Français pour la finale du championnat d'Europe avait soulevé des contestations (un penalty en or dans les prolongations), le match de mercredi a balayé toutes les ambiguïtés.

Il serait sûrement prématuré de tresser des couronnes à cette équipe de France à 15 mois de la Coupe du monde. Pourtant à l'heure actuelle, et même si le footbal n'est pas une science exacte, elle fait incontestablement figure de favorite à sa propre succession. Et hormis l'Argentine, aucune nation - pas même le Brésil- ne semble pouvoir lui contester cette suprématie.

Faux pas permis

Roger Lemerre a parfaitement assumé l'héritage laissé par Aimé Jacquet et a démontré qu'il savait gérer les talents, amalgamer anciens et nouveaux, à l'image de Mickael Silvestre, gérer le départ de joueurs aussi importants que Didier Deschamps ou Laurent Blanc. "Lorsque la France est capable d'élever le niveau de son jeu comme elle l'a fait ce soir de manière merveilleuse, elle est vraiment redoutable", a simplement dit le stratège français.

D'une certaine manière, la défaite 2-1 le mois dernier en Espagne fut certainement une bonne chose, un moyen efficace et immédiat de rappeler aux Français que rien n'est jamais acquis. "Nous ne sommes pas champions du monde et d'Europe pour rien, mais il est bon de temps en temps que les autres nous rappellent que nous ne sommes pas à l'abri d'un échec", a précisé Lemerre. Depuis trois ans, la France a remporté tous les trophées qui lui ont été présentés et, malgré tout, l'envie de vaincre paraît intacte. En dépit de toutes les critiques qui lui ont été adressées pour ses options jugées trop défensives, le système Jacquet a accouché d'une formidable machine offensive.

Par une sorte d'alchimie, le proverbe "gagner c'est encaisser un but de moins que l'adversaire" s'est transformé depuis la Coupe du monde en "gagner c'est marquer un but de plus que l'adversaire." Il est évident que l'équipe de France fonctionne bien plus comme un club que comme une sélection nationale, la remarque n'est pas neuve.

Mais plus important est que petits ou grands matches, la soif de victoire des Bleus semble inextinguible et ses prestations à la Coupe des Confédérations en juin seront à suivre à la loupe. D'autant qu'une partie de ses "cadres", dont Zinedine Zidane, seront absents pour cause de championnat italien.

"La victoire de ce soir est importante car elle va nous permettre de préparer dans de bonnes dispositions cette Coupe des confédérations", a jugé Lemerre. "Elle va nous permettre de continuer à travailler." Car, même si les résultats ne sont pas à la hauteur de ses espérances, la France resterait en tête de liste.

Plus encore que ses titres mondial et européen, elle a rejoint ce clan très fermé des nations auxquelles les faux pas sont désormais permis.