Football

Il faisait encore près de trente degrés mercredi soir, peu avant 20 heures, lorsqu’une incroyable frénésie s’est emparée de la capitale hongroise. Au terme d’un match d’anthologie pour le football magyar (3-3 contre le Portugal), les coéquipiers du numéro 7 Balázs Dzsudzsák venaient de décrocher leur ticket pour les 8es de finale de l’Euro.

Des dizaines de milliers de personnes ont convergé depuis les fan-zones, les bars et les terrasses de la ville, sur la place de la Liberté, sur l’île Marguerite au milieu du Danube…, pour prendre possession du grand boulevard qui ceinture le centre-ville.

Jeunes bobos de Buda, gamins des banlieues d’Ujpest et de Kobanya, employés de bureaux, enfants dans les poussettes, tous réunis dans une joyeuse anarchie, sous l’œil de très rares policiers pris à partie… pour faire des selfies. Comme s’ils avaient remporté la Coupe du monde, celle qui leur avait si injustement échappée en 54, trente ans après leur dernière participation à une Coupe du monde et soixante-deux ans après une demi-finale au championnat d’Europe.

Il ne s’agit pas simplement de football

La foule est passée sous une immense affiche publicitaire pour l’alcool local Unicum, montrant l’icône du foot hongrois, Ferenc Puskás.

"Toute la ville est là ! Regarde bien ça Öcsi (son surnom), c’est pour toi !", s’enflamme un homme d’une bonne soixantaine d’années qui vient d’arriver sur son VTT. Puis, il dit, en français : "Je n’étais pas plus haut que ça la dernière fois qu’il s’est passé un truc pareil, j’ai attendu plus de 50 ans !"

"Peu à peu, le monde va apprendre à connaître le nom de ces Hongrois", se réjouit le journal "Nemzeti Sport". Et peu importe qu’ils n’arrivent toujours pas à les prononcer. Il ne s’agit pas simplement de football : cette belle réussite sportive pour la Hongrie, c’est aussi une grande victoire politique pour son Premier ministre, Viktor Orbán.

L’homme est à tel point passionné qu’il passe ses vacances en France pour assister aux matches, posant après chaque victoire dans les gradins aux côtés des supporters. Il a fait du renouveau du foot magyar une absolue priorité et un levier pour rendre sa fierté au peuple hongrois.

Pari déjà réussi

Cette victoire va donc marginaliser encore un peu plus ceux qui lui reprochent d’avoir investi des centaines de millions d’euros pour la construction de stades et d’une académie de formation, au détriment des hôpitaux et des écoles en piteux état.

Qu’importe la suite de la compétition, son pari est déjà réussi : ce mois de juin 2016 fera date dans la conscience nationale et restera comme un apogée de "l’Orbánisme".

Sur le terrain dimanche soir, nul doute qu’Eden Hazard pourra profiter des bons tuyaux de son frère Kylian, qui évolue dans le championnat hongrois au Újpest FC, le club de Roderick Duchâtelet.

En face des Diables Rouges favoris, il n’y aura pas de superstars, mais une équipe soudée et qui n’a rien à perdre, prévient la presse hongroise. D’un plat pays à l’autre, chacun va vibrer.