WAREGEM Sans faire de bruit, Zulte-Waregem vient de réussir le meilleur début de championnat (3e avec 26 points en 14 matches) pour une équipe promue en Division 1 depuis l'épopée de Mouscron à l'entame de la 1996-97. Avec un budget qui dépasse à peine les 3 millions d'euros, la formation flandrienne, composée pour moitié de semi-professionnels et qui ne compte aucun grand nom, tient la dragée haute aux habituels ténors en misant résolument sur l'offensive, mais sans verser dans la naïveté. Une bonne surprise, assurément...

Le mérite en revient aux joueurs, bien sûr, mais aussi à l'entraîneur Francky Dury, policier à la Ville de Gand dans le civil («Je profite de l'heure du midi pour préparer l'entraînement du soir»), qui affirme toutefois ne pas posséder de recette miracle. Tout au plus reste-t-il fidèle à ce qu'il appelle «une vision» du football, son fil rouge. «Ma méthode de travail repose sur deux principes fondamentaux: l'organisation et la communication, explique-t-il. Ce sont des valeurs dont j'ai appris à cerner l'importance à travers mon métier de policier. Le dialogue avec les joueurs est primordial. J'ai appris à les connaître sur le bout des doigts...»

Des joueurs que le club recrute avant tout en fonction de leur nationalité. A Zulte-Waregem, on ferme ainsi volontairement la porte à la plupart des étrangers dans un souci de préserver le talent local. «Les managers qui, autrefois, me proposaient des joueurs africains ou issus de l'ex-Yougoslavie, ne me téléphonent plus, ils savent ce que j'en pense! se félicite Francky Dury. Aujourd'hui, je ne traite quasiment plus qu'avec ceux qui me présentent de bons joueurs belges. Ceux-ci constituent ma priorité. Les étrangers, c'est une solution de facilité. Et puis, cette formule fait le bonheur des supporters, qui s'identifient plus facilement à leurs couleurs.»

Cette politique régionale, qui s'étend parfois jusque dans le nord de la France, se veut être un remède pour sortir de la crise dans laquelle est plongé le football belge. «Il règne actuellement un climat détestable où les critiques fusent dans tous les sens et où tout le monde accuse tout le monde, analyse Francky Dury. Or, nous sommes tous responsables. Quand je vois les prestations d'Anderlecht sur la scène européenne, quand je vois l'élimination des Diables Rouges et des Espoirs, je me sens concerné au plus haut point. C'est la responsabilité de tous les clubs, c'est la faillite d'un système. Il n'est pas question d'attendre le plan Preud'homme pour réagir! Il faut que chacun prenne ses responsabilités et réagisse rapidement, à son niveau, et avec ses moyens. C'est pourquoi je m'attache à proposer un jeu attractif, avec une majorité de joueurs du cru. Les petits clubs belges doivent absolument aider ceux du top 4 en leur proposant les services de leurs meilleurs joueurs formés en Belgique.»

La formation en question

L'immobilisme belge en matière de formation fait véritablement bondir le technicien néerlandophone: «Je ne m'explique pas que la formation s'arrête à nos frontières! En 1998, la France est championne du monde en proposant un jeu exceptionnel et, huit ans plus tard, je constate que la Belgique n'en a tiré aucune leçon. Les Pays-Bas, eux, ont effectué un travail impressionnant et ils ont réussi à élever le niveau de leur football.»

Ses 15 années passées au club font de Francky Dury une exception dans un milieu qui fait grande consommation d'entraîneurs. «Je ne me berce d'aucune d'illusion, tempère le Flandrien. En cas de mauvais résultats, je serai le premier visé. Mais j'ai la chance de partager la même vision du football que mes dirigeants.»

Quant à la suite du championnat... «Une huitième place en conservant ce niveau de jeu me comblerait. Mais, le plus important, c'est que le club reste bien structuré et ne commette pas d'erreur de gestion.»

© Les Sports 2005