`Je trouve normal que les meilleurs joueurs du monde évoluent dans le meilleur club du monde...´

Ainsi parlait, lors de son accession à la présidence du Real Madrid, Florentino Perez. Florentino pour les intimes. Deux ans plus tard, ce chef d'entreprise - il dirige le groupe ACS, numéro un espagnol du bâtiment - de 55 ans est en passe de relever son défi.

Avec dans ses rangs des stars du calibre de Roberto Carlos, Hierro, Figo, Raul, Zidane ou Ronaldo, le Real Madrid semble issu d'une autre galaxie. Mégalomanie? Le président s'en défend. `Les acquisitions des meilleurs joueurs du monde sont, à terme, les plus rentables. D'un point de vue sportif, bien sûr. Mais aussi d'un point de vue économique...´

Et, pour cet homme de passion mais surtout de raison, les deux sont étroitement liés. Depuis son arrivée à la Maison Blanche de Castille, Florentino a fait entrer le Real dans une nouvelle ère. Celle de la rentabilité.

300 millions d'€ de dettes!

Club mythique par excellence, riche d'un palmarès unique, le Real a toujours été une référence sur les pelouses. Mais, financièrement, le club était proche du gouffre. Lorsqu'il débarque, en juillet 2000, dans son bureau du stade Santiago Bernabeu et qu'il décrypte les comptes de l'entité, Florentino ouvre des yeux gros comme des ballons. Plus de 300 millions d'€ de dettes. C'est énorme. L'avenir du club du siècle (appellation FIFA) est même carrément menacé.

Sans avoir l'air d'y toucher, avec cette froideur et cette précision chirurgicale propre aux grands patrons, Florentino met aussitôt de l'ordre dans la maison, restrusture et dépoussière, nomme l'Argentin Jorge Valdano (ancien joueur et entraîneur du club, diplômé à Harvard) au poste de directeur sportif et s'entoure de vrais spécialistes pour le marketing, le merchandising ou les droits de télévision. Un vrai gouvernement!

Le club du gouvernement?

Mais la dette est toujours là, menaçante et anesthésiante pour tout nouveau projet. Florentino sort alors le grand jeu. S'appuyant, disent les mauvaises langues, sur ses bonnes relations avec le monde politique en place (le premier ministre Aznar n'a jamais caché sa sympathie pour le Real), il parvient à vendre à la municipalité de Madrid la Ciudad Deportiva (un domaine de plusieurs hectares où le Real possède tous ses terrains d'entraînement). L'endroit est remarquablement situé - en haut du Paseo de la Castellana, dans le quartier des affaires de la capitale - et la mairie ne regarde pas à la dépense! Quelques signatures plus loin, le Real empoche le plus gros chèque de son histoire: 446 millions d'€!

Les dettes sont aussitôt apurées. Et, avec les bénéfices engendrés par l'opération, Florentino peut se lancer dans quelques projets pharaoniques comme la construction, au nord de la ville, d'une nouvelle cité sportive - déjà baptisée Florentinopolis ! - où le club disposera, dès 2004, de terrains d'entraînements, d'un hôtel, de restaurants et même d'un parc d'attractions aux couleurs merengues !

Avec un budget de 200 millions d'€, une chaîne de télévision privée, un noyau de joueurs qui fait rêver toute la planète-football, des structures économiques assainies et des projets plein les tiroirs (boutiques franchisées aux quatre coins du monde, écoles de foot,...) le Real Madrid a toutes les raisons de fêter, cette année, un heureux centième anniversaire!

`Sportivement, notre stratégie est claire: nous souhaitons former, dans nos centres de formation, des jeunes du cru de très haut niveau. Et les encadrer par les meilleurs joueurs du monde´ explique, derrière ses fines lunettes de professeur, le presidente.

Parallèlement, le Real souhaite grandir avec son temps et profiter, à l'image de Manchester United, de l'énorme aura de son écusson. Avec 60.000 socios (véritables actionnaires de référence) et plus de 1500 clubs de supporters (les fameuses Penyas) sur les cinq continents, il peut voir grand. Très grand. Les transferts de Figo et de Zidane ont déjà été amortis grâce au merchandising et aux droits de télévision. Et celui de Ronaldo est en passe de prendre le même chemin. Les télés brésiliennes et japonaises s'arrachent à prix d'or les matches au stade Santiago Bernabeu. Et on parle de la vente de 500.000 maillots marqués au sceau du goleador carioca! Quit mieux?

© Les Sports 2002