CORRESPONDANT À BERLIN

L'ambiance de fête qui prévaut dans toute l'Allemagne depuis le début du Mondial a mis une sourdine à la polémique sur les «no go areas» où les gens de couleur risquent d'être victimes d'incidents racistes. Celui qui voit des Ivoiriens détendus prendre le train ICE en gare de Bonn ne se fait pas de soucis. Mais une évolution défavorable du championnat pourrait éventuellement déclencher une vague de xénophobie et dans ce cas Africains, Brésiliens et autres pourraient être les premiers à en faire les frais.

Une journée critique sera la rencontre de l'Iran contre l'Angola le 21 juin à Leipzig en Saxe (ex-RDA). Les néo-nazis locaux ont annoncé de manifester en faveur du président iranien Ahmadinejad qui, comme eux, nie l'Holocauste et veut détruire Israël. Les supporters angolais pourraient essuyer des coups à proximité du stade bien gardé.

Le débat sur les «no go areas» avait commencé en avril, quand après plusieurs agressions de skins, l'ancien porte-parole du chancelier Schröder, Uwe Carsten Heye, avait lancé un avertissement musclé. «Il y a dans le Brandebourg et ailleurs des petites villes où celui qui a une autre couleur de peau ferait mieux de ne pas aller. Il est possible qu'il ne s'en échappe pas vivant», avait-il lancé.

La classe politique lui avait vivement reproché de stigmatiser comme racistes la plupart des Allemands de l'Est. Le fait est que jusqu'à la chute du Mur de Berlin en 1989, les ressortissants de la RDA communiste n'avaient pas pu voyager comme leurs frères ouest-allemands et que l'antifascisme de façade propagé par le régime avait entretenu un bouillon de culture xénophobe et raciste. En Allemagne de l'Ouest, où vit la grande majorité des 7 millions d'étrangers, le climat est aussi détendu que dans les autres pays occidentaux.

A la veille du Mondial, le Conseil africain et la Ligue internationale des droits de l'homme ont essuyé des coups des médias allemands parce qu'on leur prêtait l'intention de répertorier des «no go areas», des zones à ne pas fréquenter. Cela serait politiquement aberrant, parce que l'extrême-droite veut justement instaurer des «zones libérées», nettoyées de noirs et d'adversaires politiques de gauche. Sur leur site Internet www.prevent-racist-attack.org, le Conseil africain et la ligue assurent «n'avoir jamais projeté de publier une carte de l'Allemagne avec les «no go areas» ni une liste avec des lieux à éviter». Ils renvoient toutefois au rapport annuel des Renseignements généraux qui localise les méfaits racistes. Les deux associations recommandent aux gens de couleur de «prendre leurs précautions en Allemagne de l'Est et à Berlin-Est».

Elles relèvent que les auteurs d'agressions racistes ne sont pas que des skinheads ou des néo-nazis immédiatement reconnaissables, mais aussi des personnes ne se distinguant pas des autres Allemands. Elles donnent des bons conseils: ne sortez qu'en groupe; soyez prudents de nuit; attention aux arrêts des transports publics. En cas de danger, elles conseillent d'appeler au portable le police-secours (numéro 110) et de dire au moins «help» au policier maîtrisant peu les langues étrangères.

L'Allemagne et l'Equateur, déjà qualifiés pour les huitièmes de finale, s'affrontent ce mardi pour la première place dans le groupe A. Tout autre résultat qu'une victoire condamnerait la Mannschaft à la deuxième place et à un choc contre l'Angleterre, probable vainqueur du groupe B, lors du prochain match. Le sélectionneur allemand n'a donc pas l'intention de ménager son capitaine et maître à jouer, Michael Ballack, averti contre la Pologne. «Notre objectif est de terminer premier du groupe, d'accumuler de la confiance et de nous donner plus de sécurité», a insisté Klinsmann. «L'Equateur est une équipe dure à manoeuvrer qui a montré pourquoi elle avait terminé à la troisième place des éliminatoires de la zone Amérique du Sud, derrière le Brésil et l'Argentine.» Du côté de l'Equateur, Suarez entretient le doute sur les participations de son duo d'attaquants vedettes, Tenorio (cheville) et Delgado (dos et genou). «Mais je peux vous assurer que les onze meilleurs joueurs du moment joueront», a-t-il déclaré. (AFP)

© Les Sports 2006