En Argentine, la sélection de Alejandro Sabella est loin de soulever l’enthousiasme des foules. La température est cependant montée de quelques degrés suite à la qualification pour les quarts de finale. Le chemin à parcourir avant de retrouver une certaine osmose entre le peuple argentin et sa sélection reste encore long. "Nous n’avons pas la même relation passionnée qu’avec les sélections précédentes", affirme Ruben, chauffeur de taxi.

C’est que pour la première fois, la dévotion quasiment religieuse qu’inspirait la sélection à son peuple a laissé la place à une certaine méfiance. "Nous percevons la politisation de cette Coupe du monde, au Brésil mais également en Argentine", dit Lucia, restauratrice. Elle fait allusion au rôle de l’Association de football argentin (AFA), dirigée de main de fer par Julio Grondona, qui est aussi le vice-président de la Commission des affaires financières de la Fifa, et l’un des meilleurs amis du Suisse Sepp Blatter, son président. Une partie des supporters estime que le fait que le vétéran international Carlos Tevez (Juventus de Turin) ait été privé de Coupe du monde, est une forme de sanction envers celui qui dénonce les malversations de Grondona. "Tevez, ce n’est peut-être pas Maradona, mais il aurait pu aider Messi qui est bien seul", explique Lucia.

Un climat délétère

Les Argentins attribuent donc à Grondona les faibles performances de la sélection argentine depuis la Coupe du monde en Afrique du Sud mais également le climat délétère qui gangrène le football argentin. Sous sa férule, les organisations de barra bravas (hooligans argentins) ont rendu quasiment impossible la fréquentation des stades par les familles.

Dans ces conditions, les supporters scrutent avec circonspection chacune des décisions du directeur technique, Alejandro Sabella. Si celui-ci n’a pas encore fait connaître sa sélection face aux Belges, certains insiders murmurent qu’il ferait jouer Sergio Aguero fraîchement remis de ses blessures. Une décision loin de soulever l’enthousiasme tant le joueur du Manchester City est peu apprécié à Buenos Aires.

"On veut marquer l’histoire"

Il se murmure de plus que Sabella ne changerait pas une recette qui, selon lui, a fait ses preuves. Il resterait donc fidèle à un 4-3-3 loin de remporter l’adhésion des foules. "Nous, ce que l’on veut, c’est un jeu d’hommes", déclare Pablo Rivas, un patron de café, qui va comme il se doit retransmettre le match sur écran géant. "On veut marquer l’histoire, encore plus chez les Brazuca !" (terme populaire pour désigner les Brésiliens). Cette rivalité entre le Brésil et l’Argentine ajoute encore plus de sel à la rencontre. En conclusion, il ajoute : "Dieu est argentin… en tous les cas, le pape Francisco l’est."