MORI Dire qu'ils joueront pour tout un pays est une évidence. Affirmer que tant contre la Belgique, à Saitama, que face à la Russie, à Yokohama, ou devant la Tunisie, à Osaka, ils n'auront pas le moindre droit à l'erreur permet d'énoncer un autre cliché. Ecrire, dès lors, que Philippe Troussier, le sélectionneur japonais, se creuse les méninges afin de trouver la meilleure composition d'équipe possible pour un premier match que celle-ci ne peut perdre sous aucun prétexte tombe sous le sens. Reste, maintenant, à deviner les intentions du bonhomme. Ce qui, en soi, n'est pas le plus simple. Une chose est claire: Philippe Troussier voue une entière confiance à son groupe. De leur côté, les footballeurs japonais savent qu'ils sont investis d'une mission quasi divine envers tout un peuple désireux que l'affront de 1998 soit lavé. D'ailleurs, Yoshikatsu Kawaguchi, qui défendit les buts du Japon lorsqu'il s'inclina, en France, face à l'Argentine (1-0), la Croatie (1-0) et la Jamaïque (2-1), ne dit pas autre chose: `Cette triple contre-performance est une tache dans ma carrière. J'ai hâte d'en effacer toute trace.´

Le gardien japonais parviendra-t-il à ses fins? Rien n'est moins sûr puisque Philippe Troussier hésite à lui confier les clés de la maison. En cause, le manque d'assurance de Kawaguchi sur les ballons aériens, une lacune qui pourrait profiter à l'un de ses suppléants, Seigo Narazaki selon toute probabilité.

Celui-ci pourra s'appuyer sur une ligne arrière à trois, composée de Naoki Matsuda, de Ryoko Morioka et de l'autre Nakata, Koji: le premier, réputé pour son sang chaud, comptabilise une vingtaine d'avertissements et une bonne demi-douzaine d'exclusions lors des trois dernières saisons, le deuxième, remis à peine d'une blessure aux ischio-jambiers, est le patron de la défense japonaise, le troisième est redouté pour la précision de ses longues passes et son mental à toute épreuve.

Le milieu de terrain est l'authentique point fort de cette formation. Il s'articule autour de deux médians récupérateurs: Kazayuki Toda et Junichi Inamoto, l'un et l'autre permettant à Hidetoshi Nakata de se concentrer totalement sur son rôle de distributeur. Barré à Arsenal par l'inamovible Patrick Vieira, Inamoto nourrit de grandes ambitions pour le Japon, qu'il voit même accéder aux... demi-finales. Toda, quant à lui, est plus discret, même si certains de ses compatriotes le comparent volontiers à l'Irlandais Roy Keane. Sur les flancs, Toshihiro Hattori est parfaitement capable de suppléer Shinji Ono à gauche, Troussier possédant deux alternatives pour meubler son aile droite: la confier à Tomozaku Myojin ou à ce même Ono, décidément incontournable.

En dépit d'un penchant pour la prudence, qui lui est dicté par le contexte de ce rendez-vous avec la Belgique, Philippe Troussier alignera, demain, deux attaquants: Takayuki Suzuki et Atsushi Yanagisawa partent favoris. Ce duo est tout à fait complémentaire puisqu'il évolue dans le même club, les Kashima Antlers. Outre vingt-trois goals qu'ils se sont partagés cette saison en vingt- six journées de championnat, Yanagisawa et Suzuki ont en commun une vitesse d'exécution qui ne les rend que plus redoutables, même si le dernier cité n'a plus marqué en sélection depuis le mois d'octobre! Il a faim. Gare à lui, donc...

© Les Sports 2002