Le 20e Mondial de football s'est ouvert jeudi à Sao Paulo par un spectacle haut en couleurs, devant plus de 60.000 spectateurs, en hommage au Brésil et à ses trésors, avant le coup d'envoi de Brésil-Croatie, première des 64 rencontres disputées jusqu'au 13 juillet.

A 15h14 locales (18h14 GMT), sous un ciel d'un bleu limpide, une immense boule lumineuse a commencé à tourner au centre de la scène, inaugurant la 20e édition du Mondial de football, la deuxième disputée au Brésil après celle de 1950.

Les spectateurs de la Corinthians Arena ont eu droit à un spectacle de 25 minutes donné par 660 danseurs en présence de la présidente brésilienne Dilma Rousseff, d'une dizaine de dirigeants mondiaux, du secrétaire général des Nations-unies Ban Ki-moon et bien sûr du président de la Fédération internationale (Fifa) Joseph Blatter.

"La cérémonie d'ouverture est un hommage au Brésil et à ses trésors: la nature, les gens et le football", avait expliqué Daphné Cornez, chorégraphe belge de la cérémonie.

Au coeur du spectacle, des femmes-fleurs et d'autres symbolisant l'eau source de vie, suivies de groupes de danseurs représentant les différentes régions du Brésil et la diversité raciale de ce pays de 200 millions d'habitants.

A côté de groupes de 'Capoeira', mariage de danse et d'art martial, la culture brésilienne était aussi évoquée à travers la musique, avec des instruments de musique géants, comme ce berimbau.

Le troisième acte était consacré au football, omniprésent au Brésil, seul pays à avoir disputé les 19 éditions précédentes de la Coupe du monde. La sphère centrale devenait alors ballon, se parant aux couleurs des 32 pays présents au Mondial-2014.

Chaque minute du spectacle a demandé 20 heures de travail artistique et nécessité 84 heures de répétition pour le coordonner.

Puis de cette sphère, qui s'ouvrait en autant de pétales, apparaissaient Leitte, star locale, qui interprétait la chanson officielle du Mondial "We are one" en compagnie du rappeur Pitbull et de l'icône de la pop latina Jennifer Lopez.

Contrairement à la tradition, Dilma Rousseff n'a pas prononcé de discours d'inauguration, dans un contexte de grogne sociale.

Le match Brésil-Croatie, dont le coup d'envoi devait être donné à 17h00 locales (20h00 GMT), ouvre la compétition qui se refermera le 13 juillet par la finale disputée au stade Maracana de Rio.

Le Brésil, qui a déjà remporté à cinq reprises la Coupe du monde, la dernière fois en 2002, suscite d'immenses attentes dans un pays impatient de s'enflammer pour son équipe.

D'autant que des mouvements sociaux et des manifestations ont rythmé les semaines précédant cette ouverture haute en couleur.

Place au terrain et au "futebol" roi maintenant!

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Manifestations

Cette cérémonie d'ouverture a été précédée d'affrontements sporadiques entre policiers et manifestants, dans la matinée et en début d'après-midi, à une dizaine de kilomètres du Stade. Les manifestants voulaient bloquer une grande avenue menant à l'Arena Corinthians. Une journaliste américaine de CNN a été légèrement blessée par une capsule de gaz lacrymogène, a twitté le correspondant de la chaîne américaine à Sao Paulo.

Des affrontements violents ont ensuite éclaté entre un petit groupe de radicaux masqués et la police, en marge d'un rassemblement pacifique de quelques centaines de manifestants près des bureaux de la compagnie du métro de Sao Paulo. Ces heurts sont intervenus alors que des appels à manifester ont concerné neuf des 12 villes hôtes du Mondial, via les réseaux sociaux.

A Belo Horizonte (centre-ouest), des agences bancaires et commerces ont barricadé leur devantures par craintes d'actes de vandalisme. Une manifestation d'abord pacifique à Rio a fini également dans la confusion. Une autre manifestation était sur le point de débuter sur la plage de Copacabana, noire de suppporteurs brésiliens et d'autres pays, non loin du fan-fest de la Fifa.

A 430 kilomètres de Sao Paulo, des grévistes de l'aéroport international Carlos Jobim/Galeao de Rio ont bloqué pendant un moment, la principale voie d'accès aux terminaux, provoquant un embouteillage et faisant manquer leur vol à des passagers. A Natal (nord-est), une grève partielle des autobus a provoqué des files d'attente.

Cette agitation pour le moment d'ampleur limitée laisse planer la menace d'une réédition des manifestations historiques qui avaient enflammé le Brésil en juin 2013 en pleine Coupe des Confédérations, la répétition grandeur nature du Mondial.

En dehors de ces mouvements, l'ambiance était plutôt bon enfant au Brésil pendant la journée. Dans le centre d'affaires de Rio, presque tout le monde, de l'employé(e) de bureau au livreur en bicyclette était vêtu de déclinaisons du drapeau national: jupes à rayures bleus et vertes, robes jaunes, T-shirts de Neymar...

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Une grand drapeau du Brésil a été déployé aux pieds du Christ Rédempteur. Le pape François a appelé de ses voeux "une fête de solidarité entre les peuples" et au respect mutuel des joueurs et supporters, dans un message en portugais à destination des médias brésiliens.

Ce Mondial constitue un défi immense pour le géant émergeant d'Amérique latine, après sept ans de préparation laborieuse et troublée. Ce pays continent de 200 millions d'habitants devra démontrer qu'il est capable d'organiser un événement sportif majeur, quatre ans après le succès du Mondial en Afrique du Sud.

Les organisateurs doivent lever les premiers doutes dès l'arrivée des spectateurs dans l'Arena Corinthians, qui symbolise les soubresauts traversés depuis la désignation du pays en 2007. Le stade, dont la livraison à la Fifa était initialement prévue en décembre 2013, est à peine terminé. La construction a été interrompue à de multiples reprises et trois ouvriers sont morts sur ce chantier interminable.

Le match d'ouverture du Mondial servira de "test" à pleine capacité, dans des domaines aussi cruciaux que la circulation et l'orientation des flux de spectateurs (61.600), l'accès des équipes dans un environnement saturé ou la sécurité.

A Sao Paulo, qui s'est réveillée sous un grand ciel bleu, la journée a été décrétée fériée. Et la circulation, d'ordinaire chaotique, était plus fluide que d'habitude dans le centre-ville.

Dans un pays où le football est considéré comme une véritable religion, les Brésiliens attendent de belles victoires de la "Seleçao" locale, dirigée par le débonnaire Luiz Felipe Scolari, qui avait largement contribué à coudre une cinquième étoile sur le maillot auriverde en 2002, avec la génération Ronaldo.

Celui que l'on surnomme "Felipao", soutenu par 68% des Brésiliens, a enfilé les habits de prêcheur. "A tous les Brésiliens, je veux dire que l'heure est arrivée. Nous sommes tous ensemble. C'est notre Coupe du monde", a-t-il lancé lors de la conférence de presse d'avant-match mercredi soir.

Jeudi matin, tous les médias étaient sur le pied de guerre pour la "Copa do Mundo". "L'heure est venue", titrait notamment le grand quotidien O Globo, alors que le journal sportif Lance! clamait "Nous sommes tous le Brésil". De son côté, Folha de Sao Paulo pointait "Une Seleçao en forme et une organisation en berne".

Une victoire face à la Croatie permettrait à la Seleçao d'entamer de manière idéale son Mondial. Mais aussi de donner un élan à l'événement en faisant se lever une vague d'enthousiasme dans tout le Brésil, après les polémiques sur l'attribution du Mondial-2022 au Qatar et les histoires de gros sous qui ont pollué le Congrès de la Fifa au cours des dernières 48 heures à Sao Paulo.

Les différends à la Fifa ont d'ailleurs connu un nouveau développement jeudi: quelques heures avant l'ouverture du mondial. Michel Platini, président de l'UEFA, a annoncé qu'il ne soutiendrait pas Joseph Blatter, président de la Fifa qui ne cache plus ses envies de 5e mandat, même s'il respectait l'homme.