Le 19 mai 1986, au plus fort d'une nuit givrée, un ange blanc s'élève entre deux oranje pour précipiter, de la tête, le ballon dans les filets de Van Breukelen. En une fraction de seconde, la célèbre cuvette du Kuip de Rotterdam est plongée dans un silence inquiétant. Les milliers de Hollandais présents dans ce stade ont en effet compris que l'impossible est devenu réalité: la Hollande ne disputera pas la phase finale de la Coupe du Monde 1986. Tout cela par la faute de... Georges Grün, l'auteur du but libérateur pour la Belgique, battue 2-1 ce soir-là, mais néanmoins qualifiée à l'issue de ce match retour des barrages, car elle s'était imposée 1-0 au Parc Astrid.

«Très sincèrement, j'ai du mal à imaginer que cette scène est déjà vieille de vingt ans, nous confiait Georges Grün, devenu l'animateur des émissions consacrées au football sur la chaîne privée Club RTL. Moi, j'ai encore l'impression que c'était... hier.»

Il est vrai que ce moment de gloire du football belge fait souvent le siège du petit écran. De quoi raviver les bons souvenirs de Georges Grün. «La Hollande, ce soir-là, s'est assez vite détachée par 2-0. Puis, progressivement, nous avons sorti la tête de l'eau, au point de galvauder quelques belles occasions. A vingt minutes du terme de la rencontre, Léo Beenhakker, l'entraîneur des Pays-Bas, a décidé de faire reculer Ruud Gullit de l'entrejeu dans la ligne arrière. Implicitement, il nous confirmait que son équipe allait essayer de préserver le résultat, tout en nous laissant faire le jeu.»

Poussé par son instinct résolument... offensif, Georges Grün, qui était monté au jeu en cours de partie, fit donc le siège des buts bataves aux côtés des attaquants belges. «Puis, quand j'ai vu Gerets entamer un déboulé sur le flanc droit, j'ai tout de suite cherché à anticiper la réaction de Van Loen et Spelbos, les deux joueurs qui devaient m'empêcher d'exploiter mon jeu de tête. Là où ils sont restés statiques, j'ai veillé à plonger entre eux deux pour frapper de toutes mes forces ce ballon que Gerets m'a servi d'un centre bien tendu...»

Ce fut, mais il ne pouvait pas le savoir, le début d'une grande aventure mexicaine! «Sur le coup, je n'ai pas réalisé les conséquences exactes de mon but. Ce n'est que quelques jours plus tard, sous la pression des médias et des supporters, que j'ai compris que mon coup de tête avait transporté de bonheur tout un pays...»

Un bonheur qui allait encore gonfler plusieurs mois plus tard quand les Diables, poussés par l'insouciance de la jeunesse, ont atteint les demi-finales de la Coupe du Monde. Un exploit qui n'a pas pris une seule ride même si, lui aussi, flirte désormais avec les vingt ans! «Jamais je ne pourrai oublier l'accueil qui nous a été réservé à Bruxelles. Tous ces gens massés dans les rues et sur la Grand Place, rien que d'y penser cela me procure encore des frissons. L'ambiance était exceptionnelle, mais il a fallu qu'on revienne en Belgique pour prendre véritablement conscience du phénomène d'hystérie collective qui avait accompagné chacun de nos succès mexicains...»

Aujourd'hui, cette fièvre collective est tombée de nombreux degrés. Le Mondial 2006 se passera même sans la Belgique. Une première aux accents très cruels! «Les générations passées ont mis, il est vrai, la barre très haut. Maintenant, il faudra s'habituer à moins de prestige...»

© Les Sports 2005