Entretien

Jeudi soir, Luis Fernandez ne se contentera pas d’être spectateur à San Mames : il a été embauché par AB3 en tant que consultant. Mais le bouillant Français sera forcément parti pris : il a entraîné l’Athletic Bilbao de 1996 à 2000. "C’est, comme Cannes et le PSG, un club qui restera toujours dans mon cœur", nous a confié Fernandez qui a accepté de dépeindre le portrait de l’adversaire des Mauves.

Luis Fernandez, vous suivez encore l’Athletic ?

Oui, et de près. Le club fait une saison superbe : il ne faut pas trop se fier aux derniers résultats et à son classement actuel. Il suffirait de quelques semaines pour que Bilbao puisse à nouveau se rapprocher de la Ligue des Champions. C’est un beau pied de nez aux grands clubs qui dépensent beaucoup pour acheter des joueurs étrangers.

La politique du club – n’aligner que des Basques – n’est-elle pas aussi un désavantage dans le football moderne ?

Pas du tout ! Au moins, c’est un club qui a de vraies valeurs. Sa philophie tient debout depuis 110 ans. C’est exceptionnel. Et c’est ce qui fait la force de l’Athletic. Ça force le respect.

Qui sont les joueurs à surveiller dans cette équipe ?

Derrière, il y a Andoni Iraola, le latéral droit, qui monte beaucoup et qui peut faire mal au flanc adverse. Dans l’entrejeu, c’est costaud et homogène. Et devant, il ne faut pas beaucoup d’occasions à Llorente pour trouver le chemin des filets. C’est un très grand buteur. Il y a aussi le petit Muniain qui montre des choses assez incroyables à seulement 17 ans. Et je n’oublie évidemment pas Joseba Etxeberria : il est au club depuis 15 ans et je l’ai moi-même entraîné. C’est un gars exceptionnel, et il fait partie de l’âme de l’équipe. Mais au-delà des individualités, Bilbao est surtout une force collective, avec un effectif bien balancé entre l’expérience et les jeunes.

On dit que Bilbao est l’équipe la plus anglaise de Liga…

Je ne suis pas d’accord. C’est une équipe qui s’engage physiquement mais toujours avec correction. Et dire que l’Athletic jouerait à l’anglaise, ce serait sous-estimer ses qualités footballistiques : techniquement, c’est fort et ils ne sont pas partisans des longs ballons. Ne collez pas d’étiquette à cette équipe, car elle est costaude dans tous les domaines. Bilbao n’a pas battu le Real Madrid en janvier par hasard.

Un autre point fort de l’Athletic, c’est son stade…

Je n’ai jamais rien vu de comparable. Le stade n’est pas surnommé pour rien la cathédrale. L’équipe est capable de combler un retard de quatre buts si ses supporters la poussent. Quand on se trouve au milieu du chaudron de San Mames, c’est impossible de ne pas se sentir transporté.

Anderlecht est-il capable d’y faire un résultat ?

Certains pourraient douter de l’importance de l’Europa League pour Bilbao, mais je peux vous dire qu’ils joueront le coup à fond. Pour Anderlecht, les données sont simples : il faudra lutter pour garder ses chances pour le match retour. Les Belges ont des joueurs intéressants, comme Boussoufa. Mais je peux vous garantir que jeudi, ils vont beaucoup souffrir à San Mames.