Entretien Envoyé spécial à Wolverhampton

Même avec GPS, il nous a fallu un balayeur de rue comme pilote pour trouver le "Sir Jack Hayward Training Ground", le centre d’entraînements des Wolverhampton Wolves.

Isolés derrière une université dans un petit chemin privé, les quatre terrains respirent le football au plus haut niveau.

Et pourtant, le club n’a terminé la "Premier League" la saison dernière qu’à la 15e place. "Vous voyez que je n’ai pas menti en disant qu’il n’y avait pas photo avec les installations en Belgique" , nous dit Jelle Van Damme, en se tournant vers le magnifique logo qui orne la façade du complexe.

Avec son prix de transfert de 3,25 millions d’euros, Jelle Van Damme est une des recrues majeures des "Wolves", qui visent une meilleure place que la saison passée. "Il faudra que je m’habitue à cette nouvelle situation. A Anderlecht, une seule place comptait : la première. Chaque défaite était une catastrophe."

En venant jouer à Charleroi avec Wolverhampton, vous êtes passé à Anderlecht–Gand. On vous a vu embrasser Roger Vanden Stock.

Cela faisait bizarre, de revenir dans un training d’un autre club, après quatre ans à Anderlecht. Je faisais partie des anciens au Sporting. J’étais content d’être passé au stade, même si je n’ai pas perdu le contact avec des garçons comme Boussoufa, De Sutter et Losada. Ariël Jacobs m’a également téléphoné quelques fois.

Auriez-vous voulu donner le coup d’envoi pour saluer les supporters ?

Non, même si on m’avait demandé de monter sur le terrain, j’aurais refusé. J’étais déjà content d’avoir vu mes anciens coéquipiers dans le hall qui mène vers le terrain. Je ne suis pas allé dans le vestiaire. Le chapitre Anderlecht est terminé. Je leur souhaite bonne chance, espérons en Ligue des Champions. Vous pouvez écrire que j’adore les nouveaux maillots.

On vous sent un peu ému.

Il se redresse, afin de ne pas dire de bêtises : J’ai réalisé quelque chose à Anderlecht. Certainement les deux dernières saisons. Mon niveau allait crescendo. Je suis content d’avoir opté pour les "Wolves", mais j’aurais bien voulu rester à Anderlecht. Pour cinq ans, s’ils le voulaient. Mais à mes conditions.

Van Holsbeeck dit que vous demandiez un salaire doublé.

C’est faux. Cela signifierait que j’aurais voulu autant que ce que j’ai à Wolverhampton. Je n’étais pas impayable, croyez-moi. Je sais combien certains garçons gagnent à Anderlecht. Je ne veux pas avoir autant qu’un Boussoufa ou un Frutos, mais je devais penser à moi-même. Il y avait beaucoup de clubs intéressés, et Anderlecht ne cessait de dire combien j’étais important. Je ne cache pas que j’étais déçu. Je sais qu’Anderlecht voulait me garder. Mais je veux arrêter le foot à 35 ans (il soupire) . Je vous assure : j’aurais voulu rester toute ma vie à Anderlecht !

Le Sporting vous a-t-il quand même fait une belle proposition ?

Quand j’ai vu la première offre, je n’en ai pas cru mes yeux. La seconde était meilleure, mais le contrat était lié aux résultats. Je sentais que Wolverhampton me voulait absolument. Et quand je suis venu voir un match contre Sunderland au Molineux Stadium, j’ai tranché. Mais Anderlecht garde une place privilégiée dans mon cœur.

Et dire que vous avez été sifflé lors de votre première saison au Sporting.

Je savais que je retrouverais mon meilleur niveau. Je n’avais joué que cinq ou six matches à Southampton, à cause de blessures. Je devais retrouver mon rythme. Et j’ai commencé à vivre comme un pro. Quand on est jeune, on dépense de l’argent et on ne se rend pas compte de la chance qu’on a. Vendredi passé, j’ai senti combien les gens d’Anderlecht m’aiment bien.

Quelle est votre plus grande fierté en ayant été Anderlechtois ?

D’avoir réussi avec mon style anglais. Anderlecht est synonyme de football frivole, offert par des joueurs comme Boussoufa, Hassan, Scifo ou Lozano. Moi, je me suis imposé avec mes propres qualités. Il faut le faire, non ?

Et quel est votre meilleur souvenir mauve ?

La dernière saison était fantastique. Les playoffs me donnent encore la chair de poule. J’ai marqué cinq fois en dix matches. Le titre remporté à Bruges était sublime (silence) . Anderlecht est un club formidable. Et mon avis ne changera plus.

On dirait que vous préparez un retour, au cas où l’aventure à Wolverhampton est un échec.

Je ne sais pas. J’ai 27 ans, tout dépend de ma saison ici. Si ça roule, ça peut aller vite, ici en Angleterre. Si ça ne va pas, il y aura d’autres options, c’est clair. Mais je n’y pense pas. J’ai signé pour trois ans avec une option pour une quatrième. Mon avenir, c’est les "Wolves".