«Le mérite de ce... futur sacre revient aux joueurs et aux entraîneurs. Les premiers l'ont façonné, journée après journée, sous l'égide des seconds. Moi, je me suis contenté d'oeuvrer en coulisses, derrière le rideau...»

Parce qu'il sait, par expérience personnelle - il a remporté six titres comme joueur, un avec Bruges, cinq avec Anderlecht et un avec le PSV - avec quelle intensité un homme de terrain savoure une telle consécration, Marc Degryse s'efface volontiers derrière les acteurs les plus médiatisés de cette nouvelle réussite brugeoise collective. En troquant le short d'artiste du ballon qu'il incarna dans ses années fastes pour le costume-cravate du dirigeant qu'il est devenu, l'ex- petit prince d'Ardooie a muselé le romantique qui sommeillait en lui: «J'entends dire çà et là que notre titre manquera de brio. Je réfute cette accusation. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Et ils disent tout. Si nous achevons la saison par un sans-faute, nous aurons glané 86 points. Ce total établira un nouveau record dans notre championnat. Nous trônons également en tête des classements des buts marqués et des buts encaissés. Ce n'est pas rien. Ce titre couronnera, une fois de plus, notre régularité, qui constitue aussi notre label. C'est aussi la vertu cardinale dans un championnat. D'autres épreuves peuvent exalter le brio: la Coupe, par exemple...»

Marc Degryse balaie un autre grief que certains formulent à l'égard du champion... imminent: l'absence d'une vraie star au sein de l'équipe. «La vraie vedette reste le collectif. Personne n'est plus important que l'équipe. Un joueur peut briller individuellement pendant un temps: il apporte ainsi un plus. Ce fut le cas, chez nous, à des moments divers, de Balaban, de Butina, de Lange, de Simons, de Ceh, de Verheyen. Mais personne ne peut se hisser de lui-même au-dessus du collectif. Une star qui ne remporte pas de titre ne m'intéresse pas. Moi, je veux des titres, des Coupes, des lignes dans un palmarès. C'est ma priorité de dirigeant.»

Le leader sportif du Club a beaucoup oeuvré, en coulisses, pour que la campagne victorieuse de Bruges coule presque comme un long fleuve tranquille: «Je suis heureux du déroulement de la saison. J'avais craint, franchement, plus de... remous. Je suis simplement resté vigilant en permanence, prêt à intervenir au moindre frémissement annonciateur d'un conflit. J'ai vécu, constamment, près du groupe, en contact quotidien avec l'effectif. J'ai vu ce qui se passait dans les couloirs, dans le vestiaire. C'est une leçon que j'ai retenue de mon passage à Anderlecht: quand il sentait venir un problème, Mister Michel anticipait toujours.»

Marc Degryse a ainsi constaté, avec soulagement, que Trond Sollied avait conservé la même emprise sur son groupe au terme de sa cinquième campagne de plein exercice comme entraîneur: «Son mérite n'est pas mince. Mais je suis assez fier de révéler que nous n'avons jamais cherché à entraver de quelque manière que ce soit sa marge de manoeuvre. Dans d'autres clubs, il aurait subi une pression amicale de la direction pour se passer plus souvent des éléments en fin de contrat par exemple...»

Marc Degryse observe encore: «Bruges est resté fidèle à son image: un club populaire, simple, composé de gens qui travaillent. Un club qui suscite un engouement énorme parmi ses supporters. Un club parfois un tantinet trop... conservateur. Sur le plan des résultats, il vient de vivre dix années fastes. Pour grandir encore, il doit découvrir de nouvelles sources de financement. Il s'y attelle...»

© Les Sports 2005