La meute journalistique présente à la Maison de verre a été prise à contre-pied. N'avait-on pas dit et écrit que l'affaire était dans le sac : "bye bye René", "bienvenue Michel" ?

Toutes les études portant sur les bienfaits d'un limogeage d'entraîneur en cours d'exercice vont dans le même sens : les effets sont nuls ou négatifs dans la plupart des cas. Ces études ne portent que sur des entraîneurs de clubs, mais l'on peut sans doute extrapoler aux coaches fédéraux. Le choc psychologique ne serait donc qu'une tarte à la crème qui se mesurerait en centièmes ou millièmes d'unité sur l'échelle de Richter.

Il y a deux ans, l'université de Gand (département science et mouvements sportifs de la RUG) s'est fendue d'une investigation portant sur six saisons (1998-2004) de compétitions belges en D1, D2 et D3. Première constatation : un club change de coach dès que les points engrangés sont à 63 pour cent de la médiane (le cercle classé 8 ou 10e d'une compétition à 18) des clubs de la série. Avec pour conséquence que les clubs belges changent deux ou trois fois plus d'entraîneurs que les formations étrangères. Ce passage obligé serait en légère diminution chez nous car il coûte très cher (deux salaires à payer).

Au cours de ces six saisons, 84 clubs ont enregistré de mauvais résultats mais ont gardé leur entraîneur. Ils ont obtenu de meilleurs résultats en moyenne que ceux qui en ont changé.

L'exception qui confirme la règle est celle de La Louvière en 2001 - 2002 où Ariël Jacobs a obtenu des résultats nettement supérieurs à ceux de son prédécesseur, Daniel Leclercq. Et ce n'est pas une question de chance puisque l'étude gantoise tient compte de tous les paramètres, y compris de la difficulté du calendrier avant et après le limogeage.

Les travaux effectués à l'étranger (Glasgow, Limoges, etc.) arrivent à la même conclusion. A Groningen, le département d'économétrie a étudié la Ere Divisie pendant sept saisons. Pendant cette période, 28 coaches ont été remplacés. Aucun des 28 clubs n'a enregistré un mieux notoire et la situation s'est même dégradée après le limogeage pour 12 d'entre eux. L'université de Maastricht a affiné les conclusions : une équipe qui change de coach encaisse moins de buts, mais en marque moins aussi. Elle conclut que les critères sportifs ne sont pas déterminants concernant un limogeage. L'impatience d'un président ou des sponsors, les critiques systématiques de la presse ou l'ire des supporters ont souvent la peau d'un entraîneur.

Vu sous cet angle, René n'avait vraiment rien à craindre samedi...