C’est après plusieurs heures de discussion que l’Assemblée générale de Mouscron a décidé hier vers 15h45 de faire appel de son retrait de licence plutôt que de se mettre en liquidation. Elle n’a pas motivé sa décision ni auprès de la presse ni auprès de la commission des licences puisque celle-ci ne doit pas être motivée. Une décision qui a été étrangement prise sans prendre le pouls de l’avocat du club, Me Edward Van Daele selon l’AG "car on avait conscience des incidences de chaque décision." Pour quelle raison ? C’est un des nombreux mystères qui planent au-dessus de cette décision.

En faisant appel, qui est suspensif, le club hennuyer récupère la licence qui lui avait été retirée mardi et peut donc disputer le match programmé ce soir contre le Standard. Il retrouve une vie normale jusqu’à sa comparution devant la chambre d’appel, dans une dizaine de jours. "Nous assumerons toutes les charges entraînées par l’organisation de ce match", s’est contenté de déclarer François Vantomme, l’attaché de presse du club mouscronnois, une petite heure après que Pierre François, le directeur général du Standard, a introduit à la fédération une demande d’annulation de la rencontre. "La principale motivation est de sauver le club, les emplois et les jeunes. Sans se fixer de division."

L’Excelsior Mouscron nous a habitués aux retournements de situation. La saison passée déjà, à chaque annonce de la fin du club a succédé une solution in extremis pour relancer la machine. La différence, c’est que les éléments nouveaux qui ont permis les relances la saison passée (annonce d’un investisseur-miracle - et finalement absent -, d’une allonge de Dufermont ou d’une nouvelle structure) n’ont pas vu le jour cette fois-ci. Pourquoi l’Excel s’est-il donc pourvu en appel alors qu’il se donnait "90 % de risques de se mettre en liquidation" la veille et que certains membres influents du matricule 224 qualifient cette option d’hérésie complète ? Pour s’assurer une dernière recette importante ? Un match comme celui de ce soir rapporte entre 80 et 100 000 euros mais ce n’est pas cette somme qui va changer la vie d’un club qui présente un budget de 6,5 millions et un passif supérieur à 7,5 millions dont 4,366 exigibles.

Parce qu’il a bluffé mercredi en espérant qu’un donateur ou qu’un soutien populaire se dégage comme ce fut un moment le cas l’an passé ? Rien ne permet de penser qu’une piste russe, syrienne, kazakhe, australienne, anglaise ou de Papouasie-Nouvelle-Guinée se soit dégagée. De plus, le pessimisme et le discours étaient identiques dans les conversations officieuses tenues par les décideurs mouscronnois auprès d’autres responsables du football belge.

Alors parce que Philippe Dufermont a décidé d’allonger une dernière fois des billes ? Ça semble réellement hors de question. L’Excelsior a-t-il, dès lors et en partant du principe qu’il semble improbable que la commission d’appel casse l’avis de la commission des licences, la conviction d’avoir des arguments suffisants pour aboutir au résultat voulu devant la commission belge d’arbitrage pour le sport (CBAS) ? Théoriquement, seul un défaut de procédure est pris en compte par le CBAS "mais, par expérience, ils traitent aussi le fond de l’affaire", souligne Jean-Marie Philips. Ce ne serait que reporter le problème à plus tard, devant une autre commission, mais ça permettrait de gagner du temps et, qui sait ?, de dégager une solution imprévisible. Une simple procédure dilatoire donc ? A voir car certains dirigeants pensent que la mort n’est pas inéluctable.

Et ils ne comptent d’ailleurs pas lâcher l’affaire aussi facilement. "Il existe des procédures comme l’appel ou la commission belge d’arbitrage pour le sport, indique Gil Vandenbrouck, membre de l’assemblée générale du club. On a décidé d’aller le plus loin possible dans la continuité en espérant trouver une solution aux problèmes qui sont les nôtres actuellement. Nous n’avons pas grand-chose à dire si ce n’est que nous voulons aller à la limite de ce qui est possible." Il y a donc toujours cet espoir d’une issue positive. "Nous ne voulons pas que quelqu’un se présente la semaine prochaine et qu’on doive lui répondre qu’il est trop tard, on a décidé de liquider le club. On veut jouer ce vendredi en espérant que ce ne soit pas le dernier match et que nous trouverons une solution ultérieure."

Il faudra déjà trouver des joueurs pour y participer à ce match. Hier après-midi, alors que la situation était encore floue, ils semblaient faire front pour ne pas jouer même si le match était programmé. Mais dès l’annonce officialisée, le discours a commencé à changer. Et, a priori, malgré le risque de blessures encouru, ils devraient tous accepter de s’aligner ce soir afin de ne pas se placer en porte-à-faux par rapport à un club qui, à leur égard, a honoré ses obligations. Gil Vandenbroucke a d’ailleurs appelé les joueurs un à un pour leur apprendre la nouvelle. "C’est difficile pour eux aussi. Certains ont déjà connu cela la saison précédente. Je pense que si on leur dit qu’on a la volonté d’aller jusqu’au bout ils doivent le comprendre. Vis-à-vis de nos supporters, ils doivent jouer le match contre le Standard. Ils sont contents que je les appelle. Cela passe mieux. J’ai été assez longtemps sur le terrain avec eux. Ils peuvent bien me rendre ce petit service", glisse-t-il.

Il devrait donc y avoir match ce soir entre Mouscron et le Standard, et tant que l’appel n’est pas traité, le classement de Division 1 ne subira aucune modification. Espère-t-on alors vraiment l’arrivée de ce mécène papou tombé du ciel qui sauverait le club et lui permettrait d’encore disputer quelques joutes ? "A l’heure actuelle, il n’y a pas d’élément nouveau qui nous permette de dire que quelqu’un pourrait reprendre le club. Mais les lois fédérales nous permettent de faire appel ou d’aller en commission belge d’arbitrage pour le sport. Nous ferons le maximum", continue Vandenbroucke, le seul membre de l’Assemblée générale à s’être exprimé.

Toute cette histoire pourrait ainsi résulter d’une simple question d’ego bien compréhensible ; une volonté de sortir la tête haute ?

Sans doute. N’empêche qu’avant de partir, l’Assemblée générale a fini par lâcher sa seule info de la journée : elle a une idée derrière la tête. C’était utile de le préciser car on commençait à en douter.